LIVRE I, CHAPITRE LI
du plus haut au plus bas, et non par degrés, comme il avoit demeuré long-temps à s'eslever. Il est aussi exposé à la haine des grands et petits, dont il est aguetté *3 , subject aux embusclies et dangers : ce qui advient aussi souvent des mœurs mauvaises des souverains et du naturel de la souveraineté, que nous allons despeindre.
4 Souveraineté est une puissance perpétuelle et absolue , sans restriction de temps ou de condition : elle consiste à pouvoir donner loy à tous en gênerai, et à chascun en particulier, sans le consentement d'autruy, et n'en recevoir de personne; et, comme dict un autre 5, à pouvoir desroger au droict ordinaire. La souveraineté est dicte telle et absolue, pource qu'elle n'est subjecte à aucunes loix humaines, ny siennes propres : car il est contre nature à tous de se donner loy, et commander à soy-mesme en chose qui despend de sa volonté , nulla obligatio consistere potest quae a voluntale promittentis statum capit6; ny d'autruy, soit vivant ou de ses prédécesseurs, ou du pays. La puis-
qui s'en charge , s'expose à tous les caprices de la fortune ». Tacit. Annal. L. I, cap. 2.
*3 Epié , observé.
* Tout ce qui va suivre dans ce paragraphe et même dans ce chapitre , est pris dans Bodin , dont souvent ce sont les propres termes. Voyez de la Répub. L. 1 , c. 8.
5 D'après Rodin , L. I , c. 8 , cet autre est Innocent IV.
6 « Toute obligation qui ne repose que sur la volonté de
sance souveraine est comparée au feu, à la mer, à la beste sauvage ; elle est très mal aise'e à dompter et traicter, ne veust point estre desdite ny heurte'e, et l'estant est très dangereuse. Potestas res est quae moneri docerique non vult, et casligalionem aegrefert 7,
Ses marques et propriété^ sont, juger en dernier ressort, ordonner de la paix et de la guerre, créer et destituer magistrats et officiers, donner grâces et dispenses contre les loix, imposer tributs, ordonner des monnoyes, recevoir les hommages, ambassades, sermens ; mais tout revient et est compris soubs la puissance absolue de donner et faire la loy à son plaisir 8 : Ton en nomme encores d'autres légères, comme
celui qui promet ne peut avoir de consistance. Digest. L. XLV, tit. i. de Verbor. obligationibus. Leg. 108. — Charron a tout-à-fait détourné le sens de cette maxime, comme on peut le voir à l'endroit cité du Digeste. Il en a même altéré le texte , que voici : nulla promissio (et non pas obligatio) potest consislere , quce ex voluntate promittentis statum capit.
7 « La puissance ne veut pas d'avertissemens , ni de leçons, et souffre difficilement le reproche et le blâme ». — J'ignore d'où cette réflexion est tirée.
8 Périclès avait sur les droits des princes , une opinion bien différente : « je ne veux point, disait-il, que les ordonnances d'un prince portent le nom de lois , lorsqu'elles seront faites sans le consentement du peuple. . . ; et, généralement, toute ordonnance faite sans le consentement de ceux qui doivent y obéir, est une violence plutôt qu'une loi ». Pericles , apud Xenophont. Lib. i , des Entretiens de Socrate,