‹ De la sagesseChapitre 250 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE LV. ^o · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE LV. ^o

une farce, une feincte; en prive' et en secret, c'est la vérité' : et qui voudroit bien juger de quelqu'un, il le faudroit voir à son à tous les jours, en son ordinaire et naturel ; le reste est tout contrefaict : uni— versus mundus exercet histrioniam1 , dont disoit un sage, que celuy est excellent, qui est tel au dedans et par soy-mesme, qu'il est au dehors par la crainte des loix, et du dire du monde. Les actions publicques sont esclatantes , ausquelles l'on est attentif quand l'on les faict, comme les exploits de guerre, opiner en un conseil , régir un peuple , conduire une ambassade : les privées et domestiques sont sombres, mornes ; tanser, rire, vendre, payer, converser avec les siens, l'on ne les considère pas, l'on les faict sans y penser : les secrètes et internes encores plus, aymer, hayr, désirer.

Et puis il y a icy encores une autre considération , c'est qu'il se faict par l'hypocrisie naturelle des hommes, que l'on faict plus de cas, et est-on plus scrupuleux aux actions externes , qui sont en monstre , mais qui sont libres , peu importantes et quasi toutes en contenances et cérémonies, dont elles sont de peu de coust , et aussi de peu d'effect ; qu'aux internes , secrètes et de nulle monstre, mais bien requises et nécessaires, dont elles sont fort difficiles. D'icelles

1 « Tout le monde joue la comédie ». C'est un passage tiré d'un fragment de Pétrone , apud Sariberiens, L. m , c, 8«.

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despend la reformation de Famé , la modération des passions, le reiglement de la vie : voire par l'acquit de ces externes l'on vient à une nonchalance des internes.

Or de ces trois vies, interne, domestique, publicque, qui n'en a qu'une à meiner, comme les hermites, a bien meilleur marche' de conduire et ordonner sa vie, que celuy qui en a deux; et celuy qui n'en a que deux est de plus aisée condition que celuy qui a toutes les trois.

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