‹ De la sagesseChapitre 26 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE V. 3c · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V. 3c

sage en la forme brutale : la main c'est un miracle ; celle du singe est peu de cas : après sont la nudité naturelle , le rire et pleurer , le sens du chatouillement, sourcil en la paupière basse de l'œil, nombre visible , la pointe du cœur en la partie senestre , le

courbés, bossus, boiteux; non la ligne droitte de l'espine du dos , qui est aussi aux serpents; non la chaleur naturelle ou vitale , qui est pareille ou plus grande en certaines bestes , combien que tout cela y peut servir de quelque chose : cette droitturc convient à l'homme, et comme homme, et comme roy d'icy bas. Aux petites et particulières royautés y a une marque et majesté , comme il se voit au daulphin couronné , au serpent basilizé (&) , au lyon avec son collier , sa couleur de poil , et ses yeux , en l'aigle , au roy des abeilles. Mais l'homme roy universel d'icy bas marche la teste droitte , comme un maistre en sa maison , régente tout et en vient à bout par amour ou par force , domptant ou apprivoisant.

Comme il y en a qui ont des contenances , gestes et mouvemens artificiels et affectés , aussi y en a qui en ont de si naturels et *si propres , qu'ils ne les sentent ny ne les recognoissent point , comme pencher la teste , rincer (c) le nais.

(b) « Au serpent orné d'une couronne royale comme le basilic » qui tire son nom de cette croyance superstitieuse et populaire : ce nom signifie le royal en grec. Le peuple croit encore que le basilic ou serpent basilisé , naît d'un œuf de coq, et qu'il habite au fond d'un puits.

(c) Froncer le nez , rechigner. Rincer, du latin ringi qui a le même sens. L'e'dition de Bastien et celle de Dijon e'erivent le nez ; mais ce n'est pas là l'orthographe de Charron :1a première e'dition e'erit toujours le nais ; parce qu'on prononçait ainsi , et que le mot vient de nasus. Cependant l'orthographe de ce mot , comme de plusieurs autres , varie dans le cours de l'ouvrage , et quelquefois dans le même chapitre.

genouil au devant, palpitation du cœur, les artueils*1 des pieds plus longs que des mains, saignée du nez , chose estrange , veu qu'il a la teste droitte , et la beste l'a baissée, rougir à la honte, pallir à la crainte, estre ambidextre , dispose' en tout temps aux œuvres * de Venus, ne remuer les oreilles , qui signifie aux animaux les affections internes ; mais l'homme les signifie assez parle rougir, pallir, mouvemens des yeux et du nez.

Les autres luy sont singulières , non du tout , mais par excellence et advantage, car elles se trouvent e's animaux, mais en moindre degré; sçavoir : multitude de muscles et de poils en la teste ; soupplesse et facilité du corps et de ses parties à tout mouvement et en tout sens ; élévation des tetins ; grosseur et abondance de cerveau ; grandeur de vessie ; forme de pied , longue au devant , courte au derrière ; abondance , clarté et subtilité de sang ; mobilité et agilité de langue ; multitude et variété de songes , telle qu'il semble estre seul songeant; esternuement ; bref tant de remuemens des yeux, du nez, des lèvres.

Il y a aussi des contenances propres et singulières , mais différentes : les unes sont des gestes , mouvemens

Mais tous en avons , qui ne partent point de nostre discours , ains d'une pure , naturelle et prompte impulsion , comme mettre la main au devant en nos cheutes.

*• Les orteils.

Page 1