‹ De la sagesseChapitre 264 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE LXI. 4ai · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE LXI. 4ai

autres c'est encore la politique , la literaire des sçavans, la palatine*4 des officiers du prince : mais la militaire a l'advantage ; car outre le service qu'elle rend au public comme les autres , elle est pénible , laborieuse, dangereuse, dont elle en est plus digne et recommandable : aussi a-t-elle emporté chez nous , comme par preciput, le titre honorable de vaillance. 11 faut donc, selon cette opinion, y avoir deux choses en la vraye et parfaicte noblesse : profession de cette vertu et qualité utile au public, qui est comme la forme ; et la race comme le subject et la matière, c'està-dire continuation longue de cette qualité par plusieurs degrés et races, et par temps immémorial, dont ils sont appelles à nostre jargon , gentils , c'est-à-dire de race, maison , famille, portant de long-temps mesme nom et faisant mesme profession. Parquoy celuy est vraiement et entièrement noble , lequel faict profession singulière de vertu publique , servant bien son prince et sa patrie, estant sorty de pareils et ancestres qui ont faict le mesme.

Il y en a qui séparent ces deux , et pensent que l'un d'eux seul suffise à la noblesse, sçavoir la vertu et qualité seule, sans considération aucune de race et des ancestres : c'est une noblesse personnelle et acquise, et si on la prend à la rigueur, elle est rude; qu'un sorti de la maison d'un boucher et vigneron

^4 Celle des officiers au palais du prince.

soit tenu pour noble , quelque service qu'il puisse faire au public5. Toutesfois cette opinion a lieu en plusieurs nations , nommément chez les Turcs , mespriseurs de la noblesse de race et de maison, ne faisans compte que de la personnelle et actuelle vaillance militaire. Ou bien l'antiquité de race seule sans profession de la qualité, cette-cy est au sang et purement naturelle. S'il faut comparer ces deux simples et imparfaictes noblesses , la pure naturelle à bien juger est la moindre ; bien que plusieurs en parlent autrement, mais par grande vanité. La naturelle est une qualité d'autruy

et non sienne :

. . . Genus et proavos et quae non fecimus ipsi , Vix ea nostra puto 6

Nemo vixit in gloriam nostram ; nec uuod ante nos fuit , nostrum est1 : et qu'y a-t-il plus inepte que de se glorifier de ce qui n'est pas sien ? Elle peust tomber en un homme vitieux, vauneant*8, très mal nay, et. en

5 C'est le sentiment d'une foule d'anciens philosophes , et entre autres de Plutarque qui veut qu'on n'ait égard qu'à la seule vertu d'un homme quand il s'agit de l'élever à quelque dignité ; qu'on ne demande jamais de qui il est né.' — y oyez Plut. : Comparaison de Lysandre et de Sylla.

c « La race, les ancêtres, tout ce que nous ne tenons point de nous-mêmes , je l'appelle à peine une propriété ». Ovid. Metam. , L. XIII, Fab. i, v. 14.0.

7 <f Personne n'a pu vivre pour notre gloire : ce qui fut avant que nous ayons existé, n'est pas à nous ». Sen. ep. 4-4 •

*8 Vaurien.

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