‹ De la sagesseChapitre 268 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE LXII

corps.3 Mais à bien parler, c'est l'esclat d'une belle et vertueuse action, qui rejalit de nostre ame à la veue du inonde, et par réflexion en nous-mesmes, nous apporte un tesmoignage de ce que les autres eroyent de nous, qui se tourne en un grand contentement d'esprit*.

L'honneur est tant estime' et recherche' de tous , que pour y parvenir l'on entreprend , l'on endure , l'on mesprise toute autre chose , voire la vie ; toutes fois c'est une chose bien exile, mince, mal asseure'e, estrangere et comme en l'air, fort eslongne'e de la

3 Ce qui suit , jusqu'à la fin de l'alinéa, est pris de la Philosophie morale des Stoïques , par Duvair , p. 87g.

* Variante. Il semble bien à aucuns que l'honneur n'est seulement ny proprement à bien administrer et s'acquitter des grandes charges (il n'est pas en la puissance de tous s'y employer) mais à bien faire , ce qui est de sa profession : car toute louange est à bien faire ce que nous avons à faire. Celuy qui sur l'cschafaut joue bien le personnage d'un varlet, n'est pas moins loué , que celuy qui représente le roy ; et à celuy qui ne peust travailler en statues d'or, celles de cuivre ou de lerre ne luy peuvent faillir, où il peust aussi bien monstrer la perfection de son art. Toutesfois il semble mieux que l'honneur n'est bien deu, que pour les actions , où y a de la difficulté ou du danger. Toutes justes et légitimes , et d'obligation ne sont de tel mérite , ny dignes de tel loyer : qui n'est commun ny ordinaire , ny pour toutes personnes et toutes actions. Ainsi toute femme chaste , toute preude personne n'est d'honneur. Il faut outre la probité , encores la difficulté , la peine, le danger. Encores y adjouste-t-on l'utilité publique..

chose honorée; car non-seulement il n'entre point en elle, ne lui est point interne, ou essentiel, mais encores il ne la touche pas (estant le plus souvent ycelle morte ou absente et qui n'en sent rien); il s'arreste et demeure seulement au dehors, à la porte, à son nom qui reçoit et porte tous les honneurs et deshonneurs, louanges et vitupères, d'où l'on est dict avoir bon nom ou mauvais nom. Tout le bien ou le mal que l'on peust dire de César est porte' par ce sien nom. Or le nom n'est rien de la nature et substance de la chose, c'est seulement son image qui la représente, sa marque qui la confronte et sépare des autres, un sommaire qui la comprend en petit volume, l'enlevé et l'emporte toute entière, le moyen d'en

Qu'elles soyent tant que l'on veust privement bonnes et utiles , elles auront l'approbation et bonne renommée parmy les cognoissants , la seureté et protection des loix; mais non l'honneur qui est public et a plus de dignité , de splendeur et d'esclat (a).

(a) Dans l'édition de 1601 , on trouve à la fin du premier livre . tout le texte de cette variante , pre'cédé de cet avis : « Cet article suivant avoit este' obmis au chapitre de l'honneur, qui est le cinquante-sixiesme, après le premier article». D'après cela, j'aurais inséré dans le texte même et après le premier article , comme l'indiquait Charron , tout ce que je mets iei comme variante. Mais je me suis aperçu que l'auteur avait rédigé autrement cet article pour l'édition qui parut en 1604 , et l'avait placé au troisième alinéa, et non au second. C'est peut-être à ce troisième alinéa que j'aurais du transporter cette variante : mais , en la laissant ici , je rappelle mieux quelle avait été la première intention ds l'auteur.

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