‹ De la sagesseChapitre 270 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE LXII. 43ï · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE LXII. 43ï

utiles, elles auront l'approbation et bonne renommée parmi les cognoissans, la seureté et protection des loix, mais non l'honneur qui est public, et a plus de dignité, de splendeur et d'esclat7. Aucuns y adjoustent la troisiesme, c'est que l'actionne soit point d'obligation, mais de supererogation.

Le désir d'honneur et de gloire, et la queste de l'approbation d'autruy, est une passion vicieuse, violente , puissante , de laquelle a esté parlé en la passion d'ambition ; mais très utile au public , à contenir les hommes en leur debvoir, à les esveiller et eschauffer aux belles actions8, tesmoignage de la foiblesse et insuffisance humaine , qui à faute de bonne monnoye employé la courte et la faulse. Or en quoy et jusques où elle est excusable, et quand vituperable, et que l'honneur n'est la recompense de la vertu, se dira après9.

Les marques d'honneur sont fort diverses, mais les

7 II paraît que Charron ne distingue point assez , dans tout ce paragraphe, l'honneur de la gloire. L'honneur est, ou doit être le prix d'une conduite sage, réglée, honnête; la gloire suit ordinairement les actions extraordinaires , brillantes , et devrait être , mais n'est pas toujours , le prix de celles qui sont éminemment utiles à la société.

8 Socrates avait dit : « C'est l'amour de la gloire qui pousse les hommes aux actions excellentes. » Xénophon , Rerum memorabilium , L. III.

9 L. II! , chap, de la vertu de la Tempérance.

meilleures et plus belles sont celles qui sont sans profit et sans gain, et qui sont telles que Ton n'en puisse estrener et faire part aux vitieux, et ceux qui par quelque bas office auroient fait service au public. Elles sont meilleures et plus estimées , plus elles sont de soy vaines , et n'ayant autre pris que simplement marquer les gens d'honneur et de vertu , comme elles sont presque par toutes les polices, les couronnes de laurier, de chesne I0, certaine façon d'accoustrement, prérogative de quelque surnom, presseance aux assemblées, les ordres de chevalerie11. C'est aussi par occasion quelques fois plus d'honneur de n'avoir pas ces marques d'honneur, les ayant méritées, que de les avoir. Il m'est bien plus honorable , disoit Caton , que chascun demande pourquoy l'on ne m'a point dressé de statue en la place, que si l'on demandoit pourquoy l'on m'en a dresse I2.

10 Plutarque nous apprend que c'était la coutume des Romains d'honorer de cette couronne , celui qui avait sauvé à la guerre un citoyen. C'est ce qu'ils appelaient la Couronne civique. Voy. Plularque , Vie de Coriolan. — Cela se voit encore par un passage de Tacite, Annal. L. xn , chap. 3i , in fine.

11 Montaigne a employé les mêmes pensées, et souvent les mêmes expressions , dans le chapitre VU , du L. il , des Essais : tome il , page 352 de notre édition.

12 Plutarque , Vie de M. Caton. — Ammien Marcellin rapporte aussi cette belle réponse , L. XI , chap. 6.

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