‹ De la sagesseChapitre 3 sur 280 · MONSEIGNEVR · texte numérisé non relu

MONSEIGNEVR

LE DVC D'ESPERNON,

PAIR ET CQLOMNEL DE L'jNFANTERIE DE FRANCE1.

lYJLONSEIGNEVR,

Tous sont d accord, que les deux plus grandes choses qui tiennent plus du ciel , et sont plus en lustre , comme les deux maistresses du monde , sont LA VERïV ET LA BONNE FORTVNE , LA SAGESSE ET LE BONHEVR. De leur preferance il y a de la dispute ; chascune a son pris , sa dignité , son excellence. Â LA YERTV ET SAGESSE comme plus laborieuse , suante, et hazardeuse , est deu'è parprecipu l estime , la recompense : A l'hevr ET BONNE FORTVNE , comme plus haute et diuine , est deue propre-

1 Peut-être aurais-je dû , pour l'honneur de Charron et de la philosophie , supprimer cet Epître dédicatoire , honteux monument d'une basse flatterie ; mais on la trouve dans les deux premières éditions , les seules authentiques du traité de

xxviïi É PITRE

ment l'admiration et l'adoration. Ceste cy par son esclat touche et rauit plus les simples et populaires;, celle la est mieux apperceue et reconnue des gens de jugement. Rarement se trouuent elles ensemble en mesme subject, au moins en pareil degré , et rang , estant toutes deux si grandes , au elles ne peuuent s approcher et mesler sans quelque jalousie et contestation de la primauté. L vue na point son

ta Sagesse , et les éditeurs modernes , qui tous l'ont omise , ont agi contre les intentions de l'auteur , et n'ont ainsi donné que des éditions incomplètes.

Ce duc d'Espernon (son vrai nom était la Valette) , dut son titre , les nombreuses places qu'il occupait , et ses immenses richesses , aux faveurs du prodigue Henri III. Vojtaire la condamné à une infâme célébrité , en le nommant parmi les mignons de ce roi.

Quelus et Saint-Maigrin , Joyeuse et d'Espernon, Jeunes voluptueux qui re'gnaient sous son nom, D'un maître effe'miné corrupteurs politiques , Plongeaient dans les plaisirs ses langueurs le'thargiques.

(la Henriade , ch. ]>r., v. 3o et suiv.)

Après la mort de Henri III , d'Espernon servit tour-à-toui la Ligue et Henri IV , qui eut beaucoup de peine à lui accorder sa confiance. Il avait de la bravoure , mais plus encore d'orgueil et d'avarice. Dans tous les pays qu'il fut appelé à soumettre ou seulement à gouverner , il se rendit coupable , ou d'inutiles cruautés , ou d'exorbitantes concussions. (Voyez son histoire dans toutes les biographies).

Voilà l'homme à qui Charron dédie , consacre son livre ;

car , dit-il, au Sage la Sagesse Quel Sage, grand Dieu ,

que ce duc d'Espernon !

DEDICATOIRE. xxix

lustre , et ne peut bien trouuer son jour en la présence de l'autre : mais venons a s entre bien entendre et unir , il en sort une harmonie très mélodieuse , c'est la perfection . De cecy vous estes , MONSEIGNEVR , un exemple très riche et des plus illustres , gui soit apparu en nostre France , il y a fort long temps. Là BONNE FORTVNE ET LA SA- GESSE se sont tousiours tenus par la main , et conjointement se sont faits valoir sur le théâtre de vostrevie. Rostre BONNE FORTVNE a esionné et transy tous par sa lueur et splendeur ; VOSTRE SAGESSE est reconnue et admirée par fous les mieux sensez et judicieux. C est elle gui a bien sceu mesnager et maintenir ce gue la BONNE FORTVNE vous a mis en main. Par elle vous avez sceu non seulement bien remplir, conduire et releuer la bonne fortune . mais vous vous testes bastie etfabriguée , selon quil est dict , gue le Sage est artisan de sa fortune ; vous l auez attirée , saisie , et comme attachée et obligée a vous. le scay auec tous , que le zèle et la dévotion à la vraye religion , la vaillance et suffisance militaire , la dextérité et bonne conduicîe en toutes affaires , vous ont acguis l amour et l estime de nos Rois , la bien-veillance des peuples , et. la gloire partout. Mais j ose et veux dire que c est vostre Sagesse qui a la meilleure part en tout cela , qui couronne et parfaict toutes choses. C'est pourquoi justement et très a propos , ce Hure de Sagesse vous est dédié et consacré, car au Sage la Sagesse. Vostre nom mis icy au front est le vray titre et sommaire de ce Hure : c 'est une belle et douce harmonie , que du modèle oculaire auec le discours

xxx ÉPITRE DÉDICATOIRE.

verbal , de la practique auec la théorique. S'il est permis de parler de moy , je diray conjidemi lient , MONSEIGNEVR, auec vostre permission , que du premier jour que feu ce bien de vous voir et considérer seulement des yeux , ce que je fis fort attentivement , ayant auparauant la teste pleine du bruit de vostre nom , je fus touché d une inclination , et despuis ay tousiours porté en mon cœur , une entière affection et désir a vostre bien , grandeur et prospérité. Mais estant de ceux quin ont que les désirs en leur pouuoir , et les mains trop courtes pour venir aux effects , je l'ay voulu dire au monde , et la publier par cest offre que je vous fais très humblement , certes de très riche estoffe , car qu V a-il de plus grand en vous au monde , que la Sagesse ? Mais qui meriteroit d estre plus elabouré et releué pour vous estre présenté. Ce qui pourra estre auec le tems qui afine et recuit toutes choses : et de vray voici un subject infini , auquel l on peut adjouster tousjours : mais tel qu il est je méfie , qu il sera humainement receu de vous , et peut estre employé à la lecture de Messeigneurs vos enfans , qui après l idée vive , et patron animé de Sagesse en vous, y trouueront quelques traits et lineamens : et de ma part je demeurerai tousiours ,

MONSEiGNEVR,

Vostre très humble et Ires-obeissant seruiteur,

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