LIVRE I, CHAPITRE VIII
dire ce qu'elle n'est pas, et mal aise" de dire ce qu'elle est. De sa nature et de son essence; de ses facultés et de ses actions ; de son unité ; de son origine ; de son entrée et de son existence dans le corps ; de son siège et de ses instrumens ; de l'exercice de ses facultés ; de sa séparation du corps , naturelle et ordinaire ; de son immortalité , et des preuves en sa faveur ; de sa séparation non naturelle ; de son état après la mort.
Exemples : Aristote. — Les Grecs , les Arabes , les Egyptiens , les Stoïciens , Philon , les Manichéens , les Priscillianistes. — Tertullien, Apollinaris,les Lucifériens. — Les Pythagoriciens et Platoniciens , Origènes. — Saint Augustin et saint Grégoire , Daniel , Zacharie , Esdras , Ezéchiel , saint Paul. — Jean Lescot , Cardan. — Les Académiciens , les Stoïciens, les Egyptiens. — Nabuchodonosor.
** VOIC Y une matière difficile sur toutes, traittée et agitée par les plus sçavans et sages de toutes nations, spécialement ^Egyptiens , Grecs , Arabes et Latins ,
** Variante. Voicy une matière difficile sur toutes , traittée et agitée par les plus sçavans et sages , mais avec une grande diversité d'opinions , selon les diverses nations , religions , professions et raisons , sans accord et resolution certaine. Les principaux poincts sont de l'origine et de la fin des âmes , leur entrée et sortie des corps d'où elles viennent , quand elles y entrent, et où elles vont quand elles en sortent; de leur nature , estât, action, et s'il y en a plusieurs en l'homme ou une seule.
De l'origine des âmes humaines, il y a de tout tems eu
par ces derniers plus maigrement, comme toute la philosophie , mais avec grande diversité d'opinions, selon les diverses nations, religions, professions, sans
très grande dispute et diversité d'opinions entre les philosophes et les théologiens. Il y a eu quatre opinions célèbres : selon la première qui est des Stoïciens , tenue par Philon juif, puis par les Manichéens, elles sont extraites et produictes comme parcelles de la substance de Dieu , qui les inspire aux corps : la seconde d'Aristote, tenue par Tertullien , Apollinaris, les Luciferiens et autres chrestiens , dit qu'elles viennent et dérivent des âmes des parens avec la semence , ainsi que les corps , à la façon des âmes brutales , végétatives et sensitives : la troisiesme des Pythagoriciens et Platoniciens , tenue par plusieurs rabins et docteurs juifs , puis par Origene et autres docteurs chrestiens, dit qu'elles ont esté du commencement toutes créées de Dieu , faites de rien , et réservées au ciel , puis envoyées icy-bas, selon qu'il est besoing aux corps formés et disposés à les recevoir : la quatriesme receue en la chrestienté , est qu'elles sont créées de Dieu et infuses aux corps préparés, tellement que sa création et infusion se fasse en mesme instant. Ces quatre opinions sont affirmatives : car il y en a une cinquiesme plus retenue qui ne definist rien , et se contente de dire que c'est une chose secrette et incognue aux hommes , de laquelle opinion ont esté SS. Augustin , Grégoire de Nice et autres , qui toutesfois ont trouvé <les deux dernières affirmatives plus vraysemblables que les deux premières.
Le siège de l'ame raisonnable, ubi sedet pro tribunali (a) , c'est le cerveau et non pas le cœur , comme avant Platon et
(a) « Où elle siège comme sur un tribunal ».