‹ De la sagesseChapitre 36 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

accord ny resolution certaine. La générale cognoissance et dispute d'icelle , se peut rapporter à ces dix points. Définition, essence ou nature, facultés et ac-

Hippocrates , l'on avoit pensé communément; car le cœur a sentiment et n'est capable de sapience. Or le cerveau qui est beaucoup plus grand en l'homme qu'en tous autres animaux, pour estre bien fait et disposé, afin que l'ame raisonnable agisse bien , doibt approcher de la forme d'un navire , et n'estre point rond , ny par trop grand , ou par trop petit , bien que le plus grand soit moins vicieux; composé de substance et de parties subtiles , délicates et desliées, bien joinctes et unies sans séparation, ny entre-deux, ayant quatre petits creux ou ventres , dont les trois sont au milieu rangés de front et collatéraux entre eux, et derrière eux, tirant au derrière de la teste , le quatriesme seul , auquel se faict la préparation et concoction des esprits vitaux , pour estre puis (b) faicts animaux, et portés aux trois creux de devant, ausquèls l'ame raisonnable faict et exerce ces facultés , qui sont trois , entendement, mémoire, imagination , lesquelles ne s'exercent point séparément et distinctement , chascune en chascun creux ou ventre , comme aucuns vulgairement ont pensé , mais communément et par ensemble toutes trois en tous trois et chascun d'eux , à la façon des sens externes qui sont doubles , et ont deux creux , en chascun desquels le sens s'exerce tout entier : d'où vient que celuy qui est blessé en l'un ou deux de ces trois ventres , comme le paralytique , ne laisse pas d'exercer toutes les trois , bien que plus foiblement , ce qu'il ne feroit si chascune faculté avoit son creux à part.

Aucuns ont pensé que l'ame raisonnable n'estoit point or-

(h) Pour être ensuite faits.

tions, unité ou pluralité, origine, entrée au corps, résidence en iceluy, siège, suffisance à exercer ses fonctions, sa fin et séparation du corps.

ganique , et n'avoit besoing pour faire ses fonctions d'aucun instrument corporel , pensant bien par là prouver l'immortalité de l'ame : mais sans entrer en un labyrinthe de discours , l'expérience oculaire et ordinaire dément cette opinion , et convainq du contraire : car l'on sçait que tous hommes n'entendent ny ne raisonnent de mesme et esgalement , ains avec très grande diversité : et un mesme homme aussi change , et en un temps raisonne mieux qu'en un autre , en un aage , en un estât et certaine disposition qu'en un autre , tel mieux en santé qu'en maladie , et tel autre mieux en maladie qu'en santé : un mesme en un temps prévaudra en jugement , et sera foible en imagination. D'où peuvent venir toutes ces diversités et changemens sinon de l'organe et instrument changeant d'estat? Et d'où vient que l'yvrognerie , la morsure du chien enragé , une fièvre ardente , un coup en teste , une fumée montant de l'estomach , et autres accidens , feront culbutter , et renverseront entièrement le jugement , tout l'esprit intellectuel , et toute la sagesse de Grèce , voire contraindront l'ame de desloger du corps ? Ces accidens purement corporels ne peuvent toucher ny arriver à cette haute faculté spirituelle de l'ame raisonnable, mais seulement aux organes et instrumens , lesquels estans détraqués et desbauchés , l'ame ne peut bien et règlement agir , et estans par trop forcés et violentés , est contraincte de s'absenter et s'en aller. Au reste se servir d'instrument ne* prejudicie point à l'immortalité , car Dieu s'en sert bien et y accommode ses actions. Et comme selon la diversité de l'air, région et climat, Dieu produict hommes fort divers en esprit et suffisance naturelle : car en Grèce et

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