LIVRE I, CHAPITRE VIII. 5i
quelles n'y en a aucune receue sans contredit : Aristote en a refusé douze qui estoient devant luy, et n'a peu bien establir la sienne.
somme et l'humidité qui sert à la mémoire , et la subtilité des esprits et figures , qui doit estre en la sécheresse qui sert à l'entendement , et ainsi est contraire et destruict les autres deux.
De tout cecy il est évident qu'il n'y a que trois principaux temperamens qui servent et facent agir l'ame raisonnable , et distinguent les esprits, sçavoir le chaud, le sec et l'humide : le froid ne vaut à rien, n'est point actif, et ne sert qu'à empescher tous les mouvemens et fonctions de l'ame : et quand il se lit souvent aux autheurs que le froid sert à l'entendement; que les froids de cerveau, comme les melancholiques et les méridionaux , sont prudens, sages , ingénieux; là le froid se prend non simplement, mais pour une grande modération de chaleur ; car il n'y a rien plus contraire à l'entendement et sagesse que la grande chaleur, laquelle au contraire sert à l'imagination : et selon les trois temperamens il y a trois facultés de l'ame raisonnable. Mais , comme les temperamens , aussi les facultés reçoivent divers degrés , subdivisions et distinctions.
Il y a trois principaux offices et différences d'entendement, inférer , distinguer , eslire. Les sciences qui appartiennent à l'entendement sont la théologie scholastique , la théorique de médecine , la dialectique , la philosophie naturelle et morale. Il y a trois sortes de différences de mémoire ; recevoir et perdre facilement les figures ; recevoir facilement et difficilement perdre ; difficilement recevoir et facilement perdre. Les sciences de la mémoire sont la grammaire , théorique de ju~
Il est bien aisé à dire ce que ce n'est pas : que ce n'est pas feu, air, eau, ny le tempérament des quatre elemens ou qualités, ou humeurs, lequel est tousjours
risprudence, et théologie positive, cosmographie, arithmetique.
De l'imagination y a plusieurs différences et en beaucoup plus grand nombre que de la mémoire et de l'entendement ; à elle apartiennent proprement les inventions , les facéties et brocards , les poinctes et subtilités , les fictions et mensonges , les figures et comparaisons, la propriété; netteté, élégance., gentillesse. Parquoy apartiennent à elle la poésie , l'éloquence , musique , et généralement tout ce qui consiste en figure , correspondance , harmonie et proportion.
De tout cecy appert que la vivacité , subtilité, promptitude , et ce que le commun appelle esprit , est à l'imagination chaude ; la solidité , maturité, vérité , est à l'entendement sec. L'imagination est active, bruyante ; c'est elle qui remue tou* et met tous les autres en besongne. L'entendement est action morue et sombre. La mémoire est purement passive , et voicy comment : l'imagination premièrement recueille les espèces et figures des choses tant présentes par le service des cinq sens , qu'absentes par le bénéfice du sens commun ; puis les représente , si elle veust , à l'entendement , qui les considère , examine, cuit et juge : puis elle-mesme les met en depost et conserve en la mémoire, comme l'escrivain au papier , pour de rechef, quand besoing sera , les en tirer et extraire (ce que l'on appelle réminiscence) , ou bien si elle veust les recommande à la mémoire , avant les présenter à l'entendement. Par quoy recueillir, représenter à l'entendement, mettre en la mémoire , et les extraire , sont tous œuvres de l'imagination. Et ainsi à elle apartient le sens commun , la reminis-