‹ De la sagesseChapitre 42 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

sans corrélatif : bref, c'est dire ce qu'elle faict et est à autruy, non ce qu'elle est en soy.

Mais de dire ce que c'est, il est très mal aysé : l'on

et irascible au cœur ; la naturelle végétative et concupiscible au foye ; la génitale aux genitoires ; ce sont les principales et capitales , ne plus ne moins que le soleil un en son essence , despartant ses rayons en divers endroicts , escliaufe en un lieu , esclaire en un autre , fond la cire , seiche la terre , blanchist la neige , nourrist la peau , dissipe les nuées , tarrist les estangs : mais quand et comment; si toute entière et en un coup , ou si successivement elle arrive au corps ; c'est une question. La commune opinion venue d' Aristote , est que l'amc végétative et sensitive , qui est toute matérielle et corporelle , est en la semence , et avec elle descendue des parens ; laquelle conforme le corps en la matrice , et iceluy faict , arrive la raisonnable de dehors ; et que pour cela il n'y a deux ny trois âmes , ny ensemble ny successivement , et ne se corrompt la végétative par l'arrivée de la sensitive , ny la sensitive par l'arrivée de la raisonnable : ce n'est qu'une qui se faict , s'achève et se parfaict avec le temps et par degrés (i) , comme la forme artificielle de l'homme , qui se peindroit par pièces l'une après l'autre , la teste , puis la gorge , le ventre , etc.

(*') Cette opinion d' Aristote est aussi celle de Lucrèce , de Voltaire qui l'exposent en très-beaux vers , etc. etc. L'ame est cre'e'e ou plutôt développe'e avec le corps ; elle croît avec lui , et ne Se manifeste que par ses organes. Voltaire dit :

Est-ce là ce rayon de l'essence suprême,

Que l'on nous peint si lumineux ?

Est-ce là cet esprit survivant à lui-même ?...

Il naît avec nos sens, croît, s'affaiblit comme eux : He'las ! il périra de même.

6o DE LA SAGESSE,

peust bien dire tout simplement que c'est une forme essentielle vivifiante , qui donne à la plante vie végétative ; à la beste , vie sensitive , laquelle comprend la végétative ; à l'homme , vie intellective , qui comprend

Autres veulent qu'elle y entre toute entière avec toutes ses facultés en un coup, sçavoir lorsque le corps est tout organisé , formé et tout achevé d'estre faict , et qu'auparavant n'y a eu aucune ame , mais seulement une vertu et énergie naturelle , forme essentielle de la semence , laquelle agissant par les esprits qui sont en ladite semence , comme par instrumens , forme et bastit le corps , et agence tous les membres ; ce qu'estant faict , cette énergie s'évanouit et se perd , et par ainsi la semence cesse d'estre semence , perdant sa forme par l'arrivée d'une autre plus noble , qui est l'ame humaine : laquelle faict que ce qui estoit semence est maintenant homme.

L'immortalité de l'ame est la chose la plus universellement, religieusement et plausiblement reçeue par tout le monde (j'entends d'une externe et publique profession , non d'une interne , sérieuse et vraye créance , de quoy sera parlé cyaprès) , la plus utilement creue , la plus faiblement prouvée et establie par raisons et moyens humains (k). Il semble y avoir une inclination et disposition de nature à la croire , car l'homme désire naturellement allonger et perpétuer son estre, d'où vient aussi ce grand et furieux soin et amour de nostre postérité et succession. Puis deux choses servent à la faire valoir et rendre plausible : l'une est l'espérance de gloire et réputation , et le désir de l'immortalité du nom , qui , tout vain qu'il est , a un merveilleux crédit au monde : l'autre est l'impression que les vices qui se desrobent de la veue et cog-

{k) Voyez ci-après , L. II , Chap. v.

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