‹ De la sagesseChapitre 44 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE VI IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI IL

un lieu, ils ne peuvent estre ailleurs, et ne sont en lieu ou infini, ou très grand ou très petit, mais égal à leur mesurée et finie substance et superficie. Et si cela n'estoit ainsi, les esprits ne changeraient point de lieu, ne monteroient ny ne descendraient , comme Tescriture affirme qu'ils font, et par ainsi seroient immobiles, indivisibles, seroient par-tout indifféremment : or, est-il qu'ils changent de lieu; le changement convainq qu'ils sont mobiles, divisibles, subjects au temps et à la succession d'iceluy, requise au mouvement et passage d'un lieu à autre, qui sont toutes qualités d'un corps. Mais pource que plusieurs simples , soubs ce mot de corporel , imaginent visible, palpable, et ne pensent que l'air pur, ou le feu hors la flamme et le charbon soient corps , ils ont dict que les esprits, tant séparés que humains, ne sont corporels , comme de vray ils ne le sont en ce sens ; car ils sont d'une substance invisible, soit aërée, comme veulent la plus part des philosophes et théologiens ; ou céleste, comme aucuns Hebrieux et Arabes, appellans de mesme nom le ciel et l'esprit essence propre à l'immortalité, ou plus subtile et déliée encores, si l'on veut, mais tousjours corporelle; puis qu'elle est finie et limitée de place et de lieu, mobile, subjecte au mouvement et au temps : finalement, s'ils n'estoient corporels, ils ne seroient pas passibles, et capables de souffrir comme ils sont ; l'humain reçoit de son corps plaisir, desplaisir, volupté, douleur,

aussi bien à son tour, comme le corps de luy, et de ses passions : plus des qualités bonnes et mauvaises , vertus , vices , affections , qui sont tous accidens : et tous tant les séparés et démons que les humains sont subjects aux supplices et tourmens : ils sont donc corporels , car il n'y a rien de passible qui ne soit corporel, c'est au corps d'estre subject des accidens. Or , l'ame a un très grand nombre de vertus et facultés, autant quasi que le corps a de membres : elle en a aux plantes, plus encores aux bestes, et plus beaucoup en l'homme, sçavoir, vivre, sentir, mouvoir, appeler, attirer, assembler, retenir, cuire, digérer, nourrir, croistre, rejetter, voir, oyr, gouster, flairer, parler, spirer, respirer, engendrer , penser , opiner, raisonner, contempler, consentir, dissentir, souvenir, juger; toutes lesquelles choses ne sont point parties de l'ame, car ainsi elle seroit divisible, et seroit establie d'accidens, mais sont ses qualités naturelles. Les actions viennent après, et suivent les facultés, et ainsi sont trois degrés, selon la doctrine du grand sainct Denis , suivie de tous, qu'il faut considérer es créatures spirituelles trois choses, essence, faculté, opération : par le dernier qui est l'action, l'on cognoist la faculté, et par celle-cy l'essence. Les actions peuvent bien estre empeschées et cesser du tout, sans préjudice aucun de l'ame et de ses facultés, comme la science et faculté de peindre demeure entière au peintre, encores qu'il aye la main liée, et soit im-

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