‹ De la sagesseChapitre 47 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

lesïois ont trouvé les deux dernières affirmatives , plus vray-semblables que les deux premières.

Voyons maintenant quand et comment elle entre au corps, si toute entière en un coup, ou successivement ; j'entends de l'humaine, car de la brutale n'y a aucune doubte, puis qu'elle est naturelle en la semence, selon Aristote le plus suivi, c'est par succession de temps et par degrés , comme la forme artificielle que l'on feroit par pièces, l'une après l'autre, la teste, puis la gorge, le ventre, les jambes : d'autant que l'ame végétative et sensitive toute matérielle et corporelle , est en la semence , et avec elle descendue des parens, laquelle conforme le corps en la matrice, et iceluy faict, arrive la raisonnable de dehors, et pour cela n'y a ny deux ny trois âmes , ny ensemble ny successivement, et ne se corrompt la végétative par l'arrivée de la sensitive, ni la sensitive par l'arrivée de l'intellectuelle; ce n'est qu'une qui se fait, s'achève et parfaict avec le temps prescrit par nature. Les autres veulent qu'elle y entre avec toutes ses facultés en un coup, sçavoir lors que tout le corps est organisé, formé et tout achevé, et qu'auparavant n'y a eu aucune ame, mais seulement une vertu et énergie naturelle, forme essentielle de la semence, laquelle agissant par les esprits qui sont en la dicte semence , avec la chaleur de la matrice et sang maternel , comme par instruments , forme et bastit le corps, agence tous les membres, les nourrit, meut,

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et accroît : ce qu'estant faict, cette énergie et forme séminale s'esvanouit et se perd, et par ainsi la semence cesse d'estre semence , perdant sa forme par l'arrivée d'une autre -plus noble , qui est l'ame humaine , laquelle faict que ce qui estoit semence ou embryon ne l'est plus, mais est homme.

Estant entrée au corps , faut sçavoir de quel genre et sorte est son existence en iceluy , quelle , et comment elle y faict sa résidence. Aucuns philosophes empeschés à le dire, et à bien joindre et unir l'ame avec le corps, la font demeurer et résider en iceluy comme un maistre en sa maison, le pilote en son navire, le cocher en son coche : mais c'est tout destruire , car ainsi ne seroit-elle point la forme ny partie interne et essentielle de l'animal , ou de l'homme , elle n'auroit besoing des membres du corps pour y demeurer, ne se sentiroit en rien de sa contagion, mais seroit une substance toute distincte du corps, subsistant de soy, qui pourrait à son plaisir aller et venir, et se séparer du corps sans distinction d'iceluy, et sans diminution de toutes ses fonctions, qui sont toutes absurdités : l'ame est au corps comme la forme en la matière, estendue et respandue par tout iceluy donnant vie, mouvement, sentiment, à toutes ses parties, et tous les deux ensemble ne font qu'une hypostase, un subject entier, qui est l'animal, et n'y a point de milieu qui les noue et lie ensemble; car entre la matière et la forme , il n'y a aucun milieu , ce

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