‹ De la sagesseChapitre 48 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE VlIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VlIL

dict toute la philosophie : l'ame donc est toute en ^ § , r tout le corps, je n'adjoute point (encores que soit jj le dire commun) qu'elle est toute en chasque partie du corps; car cela implique contradiction, et divise l'ame.

Or combien que l'ame comme dict est , soit par tout le corps diffuse et respandue , si est ce que pour exploitter et exercer ses facultés elle est plus spécialement et expressément en certains endroits du corps qu'es autres, esquels est dicte avoir son siège, et non y estre toute entière, car le reste seroit sans ame et sans forme : et comme elle a quatre principales et maistresses facultés , aussi luy donne - 1 - on quatre sièges , ce sont les quatre régions que nous avons marqué cy-dessus en la composition du corps, les quatre premiers et principaux instrumens de l'ame , les autres se rapportent et dépendent de ceux-cy, comme aussi toutes les facultés à celles-cy, sçavoir pour la faculté génitale les genitoires, pour la naturelle le foye, pour la vitale le cœur, pour l'animale et intellectuelle le cerveau.

Il vient*7 maintenant à parler en gênerai de l'exercice de ses facultés : à quoy l'ame est de soy 8 sçavante et suffisante, dont elle ne faut point à produire ce qu'elle sçait, et bien exercer ses fonctions , comme

*7 11 convient maintenant de parler.

8 Voyez la note de la page 5/t.

, , .il faut , si elle n'est empeschée, et moyennant que ses "**', J'instrumens soient bien disposés : dont a esté bien et vrayement dict par les sages , que nature est sage , sçavante , industrieuse , suffisante maistresse , qui rend habile à toutes choses , imita sunt nobis omnium artium ac virtutum semina, magisterque ex occullo Deus producit ingénia 9 : ce qui est aisé à monstrer par induction : la végétative sans instruction forme le corps en îa matrice tant excellemment, puis le nourrit et le faict croistre, attirant la viande, la retenant et cuisant, puis rejettant les excremens, elle engendre et refaict les parties qui défaillent, ce sont choses qui se voyent aux plantes, bestes, et en l'homme. La sensitive de soy sans instruction faict aux bestes , et en l'homme remuer les pieds, les mains, et autres membres, les gratter, frotter, secouer, démener les lèvres, tetter, plorer, rire : la raisonnable de mesme, non selon l'opinion de Platon, par réminiscence de ce qu'elle sçavoit avant entrer au corps ; ny selon Aristote, par réception et acquisition, venant de dehors par les sens, estant de soy une carte blanche et vuide, combien qu'elle s'en sert fort, mais de soy sans instruction , imagine , entend , retient , raisonne , discourt. Mais pour ce que cecy semble plus difficile de la raisonnable que des autres, et heurte aucunement

9 « Les semences de tous les arts et de toutes les1 vertus sont en nous ; mais c'est Dieu qui , en secret , produit les talens ».

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