LIVRE i; CHAPITRE VIII
caments narcotiques, stupéfiants et endormissants. Ou de la force de l'imagination, qui s'efforce et se bande par trop en quelque chose, et emporte toute la force de l'ame. Or, en ces trois genres d'extase et ravissement, divin, demoniacle, humain, la question est, si l'ame est vrayement et realement séparée du corps , ou si demeurant en iceluy , elle est tellement occupée à quelque chose externe qui est hors son corps , qu'elle oublie son propre corps , dont il advient une surseance et vacation de ses actions et exercice de ses fonctions. Quant à la divine , l'apostre parlant de soy et de son propre faict, n'en ose rien définir, si in corpore vel extra corpus nescîo , Deus scit ' 6 , instruction qui devroit servir pour tous autres , et pour les autres abstractions moindres. Quant à la demoniacle , ne sentir de si grands coups , et rapporter ce qui a esté faict à deux ou trois cents lieues de là , sont deux grandes et violentes conjectures , mais non du tout nécessaires ; car le démon peut tant amuser l'ame et l'occuper au dedans , qu'elle n'aye aucune action ny commerce avec son corps , pour quelque temps , et cependant l'affoler et lui représenter en l'imagination tellement ce qui a esté faict loing de là , qu'elle le puisse bien conter : car d'affirmer que certainement l'ame entière sorte et abandonne son corps, le-
16 « Si c'est en corps ou sans corps , je îi'eri sais rien r Dieu seul le sait ». S. Patil. E.p;JÏ«, au* Goninith., è. XII , v. 2.
quel ainsi demeureroit mort, il est bien hardi et choque rudement la nature : de dire que non entière mais la seule Imaginative ou intellectuelle est emportée, et que la végétative demeure, c'est s'embarasser encores plus ; car ainsi l'âme unique en son essence, seroit divisée, ou bien l'accident seul seroit emporté et non la substance. Quant à l'humaine, sans doubte il n'y a point de séparation d'ame, mais seulement suspension de ses actions externes et patentes.
Ce que devient l'ame, et quel est son estât après sa séparation naturelle par mort, les opinions sont diverses, et ce poinct n'est du subject de ce livre. La i.Wct*.LL$' métempsycose et transanimation de Pythagoras a esté aucunement embrassée par les Académiciens , Stoïciens, Egyptiens, et autres, non toutesfois de tous en mesme sens; car les uns l'ont admise seulement pour la punition des meschans , comme se lit de Nabuchodonosor changé en bœuf par punition divine. D'autres et plusieurs grands ont pensé que les âmes bonnes et excellentes estans séparées , devenoient anges, comme les meschantes, diables; il eust esté plus doux de les dire semblables à eux, non nubent , sed erunt sicut angeli11. Aucuns ont dict que les âmes J** • des plus meschans estoient au bout de quelque long
"7 « Us ne se marieront pas , mais ils seront comme des anges ». •>• JldUfav, Ut.&Xif, y. $p.