‹ De la sagesseChapitre 6 sur 280 · SONET · texte numérisé non relu

SONET

La Sagesse est à nud , droicte et sans artifice , D'Oliue et de Laurier son chef est verdoyant,

xlvi PRÉFACE,

riante et masle, droite, les pieds joints sur un cube, et s'embrassant, ayant soubs ses pieds enchaînées quatre autres femmes comme esclaves , sçavoir passion au visage altéré et hydeux ; opinion aux yeux esgarés, volage, estourdie, soutenue par des testes populaires ; superstition toute transsie, et les mains jointes ; vertu ou preud'hommie et science pedantesque au visage enflé , les sourcils relevés, lisant en un livre, où est escript, ouy , non. Tout cecy n'a besoin d'autre explication que de ce que dessus, mais elle sera bien au long au second livre.

Pour acquérir et parvenir à cette sagesse , il y a deux moyens : le premier est en la conformation originelle , et trempe première c'est a dire au tempérament de la semence des parens, puis

Son mirouër est tenu des doigs du foudroyant, Et s'eslesue au dessus du Cube de justice.

Sous ses pieds au carcan , les mères de tout vice Forcenant de despit, grommelant, aboyant, Contr'elle en vain l'effort de leur rage employant, Tant de Sagesse est fort et ferme l'édifice.

La Passion s'anime impétueusement ; Le Peuple fauorise et porte obstine'ment La folle Opinion , sourde aveugle et perverse :

Tremblante, sans sçauoir, la Superstition S'estrangle d'elle mesme ; et la Présomption De la Pédanterie est mise à la renverse.

Superanda omnis fortuna ferendo est.

PRÉFACE. xlvii

au laict nourricier, et première éducation , d'où l'on est dit bien nay ou mal nay, c'est à dire bien ou mal formé et disposé à la sagesse. L'on ne croit pas combien ce commencement est puissant et important, car si on le savoit, l'on y apporteroit autre soin et diligence que l'on ne fait. C'est chose estrange et déplorable qu'une telle nonchalance de la vie , et bonne vie de ceux que nous voulons estre d'autres nous-mesmes. Es moindres affaires nous y apportons du soin , de l'attention, du conseil : icy au plus grand et noble, nous n'y pensons point, tout par hazard et rencontre. Qui est celuy qui se remue, qui consulte, qui se met en devoir de faire ce qui est requis , de se garder et préparer comme il faut, pour faire des enfans masles, sains, spirituels , et propres à la sagesse ? Car ce qui sert a l'une de ces choses , sert aux autres , et l'intention de nature vise ensemble a tout cela. Or c'est à quoy on pense le moins ; à peine pense-t-on tout simplement a faire enfans , mais seulement, comme bestes , d'assouvir son plaisir : c'est une de& plus remarquables et importantes fautes qui soit en une republique , dont personne ne s'advise , et ne se plaint, et n'y a aucune loy, règlement , ou advis public là dessus. Il est certain que si l'on s'y portoit comme il faut, nous aurions d'autres hommes que nous n'avons. Ce qui est re-

XLvrn PRÉFACE,

quis en cecy, et à la première nourriture, est bnefvemcnt dit en nostre troisiesme livre, chapitre xi Y.

Le second moyen est en Testude de la philosophie, je n'entends de toutes ses parties, mais de la morale (sans toutesfois oublier la naturelle) qui est la lampe, le guide ? et la règle de nostre Vie, qui explique et représente très bien la loy de nature , instruit l'homme universellement à tout, en public et en privé, seul, et en compagnie , à toute conversation domestique et civile , oste et retranche tout le sauvagin qui est en nous, adoucit et apprivoise le naturel rude., farouche et sauvage, le duict et façonne a la sagesse. Bref c'est la vraye science de l'homme; tout le reste au pris d'elle , n'est que vanité , au moins non nécessaire , ny beaucoup utile : car elle apprend à bien vivre , et bien mourir , qui est tout ; elle enseigne une preude prudence, une habile et forte preud'hommie , une probité bien advisée. Mais ce second moyen est presque aussi peu pratiqué , et mal employé que le premier : tous ne se soucient gueres de cette sagesse, tant ils sont attentifs à la mondaine. Voilà les deux moyens de parvenir et obtenir la sagesse , le naturel , et l'acquis. Qui a esté heureux au premier, c'est à dire , qui a esté favorablement estrené de nature, et est d'un tempérament bon et doux, lequel pro-

P PRÉFACE, xlix

duit une grande bonté et douceur de mœurs , a grand marché du second ; sans grande peine , il se trouve tout porté a la sagesse. Qui autrement, doit avec grand et laborieux estude et exercice du second rabiller et suppléer ce qui luy défaut , comme Socrates un des plus sages disoit de soy , que par l'estude de la philosophie il avoit corrigé et redressé son mauvais naturel.

Au contraire il y a deux empeschemens formels de sagesse , et deux contremoyens ou acheminemens puissans à la folie , naturel, et acquis. Le premier, naturel , vient de la trempe et tempérament originel., qui rend le cerveau ou trop mol, et humide, et ses parties grossières et matérielles , dont l'esprit demeure sot , foible , peu capable , plat, ravallé, obscur, tel qu'est la pluspart du commun : ou bien trop chaud, ardent et sec, qui rend l'esprit fol , audacieux, vicieux. Ce sont les deux extrémités, sottise et folie, l'eau et le feu , le plomb et le mercure , mal propres à la sagesse , qui requiert un esprit fort , vigoureux , et généreux , et neantmoins doux , soupple , et modeste : toutesfois ce second semble plus aysé à corriger par discipline que le premier. Le second, acquis, vient de nulle ou bien de mauvaise culture, et instruction, laquelle entre autres choses consiste en un heurt et prévention jurée de certaines opinions, desquelles l'esprit s'abbreuve , i. d

l PRÉFACE.

et prend une forte teinture : et ainsi se rend inhabile et incapable de voir et trouver mieux, de s'eslever et enrichir : l'on dit d'eux qu'ils sontferuz *9 et touchés, qu'ils ont un heurt * ,0 et un coup à la teste : auquel heurt si encores la science est jointe, pource qu'elle enfle, apporte de la présomption et témérité, et preste armes pour soustenir et défendre les opinions anticipées ; elle achevé du tout de former la folie , et la rendre incurable : foiblesse naturelle, et prévention acquise sont desja deux grands empeschemens ; mais la science, si du tout elle ne les guarit^ ce que rarement elle fait, elle les fortifie et rend invincibles : ce qui n'est pas au deshonneur ny descry de la science, comme l'on pourroit penser, mais plustot a son honneur.

La science est un très bon et utile baston, mais qui ne se laisse pas manier à toutes mains : et qui ne le sçait bien manier, en reçoit plus de dommage que de profit, elle enteste et affolit (dit bien un grand habile homme) les esprits foibles et malades , polit et parfait les forts et bons naturels : l'esprit foible ne sait pas posséder la science, s'en escrimer, et s'en servir comme il faut ; au rebours elle le possède et le régente ,

*9 Frappés , atteints de folie , timbrés.

*'° On dirait aujourd'hui : qu'ils ont martel en tête.

PREFACE. li

dont il ployé et demeure esclave sous elle, comme l'estom-ach foible chargé de viandes qu'il ne peut cuire ny digérer : le bras foible qui n'ayant le pouvoir ny l'adresse de bien manier son baston trop fort et pesant pour luy , se lasse et s'estourdit tout : l'esprit fort et sage le manie en maistre ,, en jouyt, s'en sert, s'en prévaut à son bien et advantage, forme son jugement, rectifie sa volonté, en accommode et fortifie sa lumière naturelle, et s'en rend plus habile : ou l'autre n'en devient que plus sot, inepte, et avec cela présomptueux. Ainsi la faute ou reproche n'est point a la science , non plus qu'au vin , ou autre très bonne et forte drogue , que l'on ne pourroit accommoder a son besoin ; non est culpci'vini, sed culpa bibentis11 . Or a tels esprits foibles de nature, préoccupez, enflez, et empeschez de l'acquis, comme ennemis formels de sagesse, je fay la guerre par exprés en mon livre ; et c'est souvent sous ce mot de pédant™, n'en trouvant point d'autre plus propre, et qui est usurpé en ce sens par plusieurs bons autheurs. En son origine grecque, il se prend en bonne part ; mais es autres langues postérieures, à cause de l'abus et mauvaise façon de se prendre et porter aux lettres et sciences, vile,

*11 « La faute n'est pas au vin, mais au buveur ». 12 Ce mot, aiusi que pédagogue, ne signifiait eu effet dans l'origine , que précepteur d'enfant.

Lit PRÉFACE,

sordide, questueuse*'3, querelleuse, opiniastre, ostentative, et présomptueuse, praticquée par plusieurs, il a esté usurpé comme en dérision et injure : et est du nombre de ces mots qui avec laps de temps ont changé de signification , comme tyran*1 4, sophiste, et autres. Le sieur du Bellay après tous vices notés, conclud, comme par le plus grand : mais je haj par sur tout un savoir pedantesque , et encores

Tu penses que je n'ay rien de quoy me vanger, Sinon que tu n'es faict que pour boire et manger. Mais j'ay bien quelque chose encore plus mordante . C'est, pour le faire court, que tu es un pédante ,5.

Peut-estre qu'aucuns s'offenseront de ce mot , pensant qu'il les regarde, et que par iceluy j'ay voulu taxer et attaquer les professeurs de lettres et instructeurs ; mais ils se contenteront s'il leur plait, de cette franche et ouverte déclaration, que je fais icy , de ne designer par ce mot aucun estât de robbe longue , ou profession littéraire , tant s'en faut, que je fais par tout si grand cas

*l3 Mercenaire, du latin quœstuosa , avide de gain.

xlt On sait qu'en effet tyran était pris en grec autrefois pour roi , quoique le mot soit évidemment dérivé de rûpw , tourmenter , vexer , pressurer le peuple comme on pressure un fromage , qui se dit rupo'ç , en grec : ce qui prouve l'opinion peu avantageuse que les anciens peuples républicains avaient de la royauté , puisqu'ils la confondaient avec la tyrannie.

*l5 Un pédant. . »

PRÉFACE. lui

des philosophes, et m'attaquerois moy-mesme, puis que j'en suis et en fais profession, mais une certaine qualité et degré d'esprits que j'ay dépeints cy-dessus, sçavoir, qui sont de capacité et suffisance naturelle fort commune et médiocre, et puis mal cultivés 3 prévenus, et aheurtés a certaines opinions , lesquels se trouvent soubs toute robbe, en toute fortune et condition vestue en long et en court : vulgum tam chlamidatos , quant coronam voco l6. Que l'on me fournisse un autre mot qui signifie ces tels esprits, je le quitteray*'7 très volontiers. Après cette mienne déclaration, qui s'en plaindra, s'accusera, et se monstrera trop chagrin. On peut bien opposer au sage d'autres que pédant, mais c'est en sens particulier, comme le commun, le prophane et populaire, et le fais souvent : mais c'est comme le bas au haut, le foible au fort, le plat au relevé, le commun au rare, le-valet aumaistre, le prophane au sacré : comme aussi le fol , et de fait au son des mots c'est son vray opposite ; mais c'est comme le déréglé au réglé , le glorieux opiniastre au modeste , le partisan à l'universel, le prévenu et atteint au libre, franc,

16 « J'appelle vulgaire aussi bien ceux qui portent une couronne , que ceux qui ne sont vêtus que dune chlamide». Sénèque , de Vitâ beatâ , chap. II.

*'7 Je le laisserai pour prendre cet autre mot.

liv PRÉFACE.

et net, le malade au sain; mais le pédant, au sens que nous le prenons, comprend tout cela, et encores plus , car il désigne celuy , lequel non seulement est dissemblable et contraire au sage , comme les precedens, mais qui roguement et fièrement luy résiste en face, et comme armé de toutes pièces s'élève contre luy et l'attaque , parlant par resolution et magistralement. Et pourcc qu'aucunement il le redoute , a cause qu'il se sent descouvert par luy , et veu jusques au fond et au vif, et son jeu troublé par luy, il le poursuit d'une certaine et intestine hayne , entreprend de le censurer, descrier, condamner, s'estimant et portant pour le vray sage , combien qu'il soit le fol non pareil.

Après le dessein et l'argument de cet œuvre , venons a l'ordre et à la méthode. Il y a trois livres : le premier est tout en la cognoissance de soy, et de l'humaine condition preparative a la sagesse, ce qui est traitté bien amplement par cinq grandes capitales considérations, dont chascuue en a plusieurs soubs soy. Le second contient les traits, offices et règles générales et principales de sagesse. Le tiers contient les règles et instructions particulières de sagesse, et ce par l'ordre et le discours des quatre vertus principales et morales, prudence, justice, force, tempérance: toubs lesquelles est comprise toute l'instruction

PRÉFACE. lv

de la vie humaine , et toutes les parties du devoir et de l'homieste. Au reste je traitte et agis icy non scolasliquement ou pedantesquement, ny avec estendue de discours, et appareil d'éloquence, ou aucun artifice. La sagesse (cfiiœ si oculis ipsis cerneretur, mirabiles excitaretamores sui^na. que faire de toutes ces façons pour sa recommandation, elle est trop noble et glorieuse : mais brusquement, ouvertement, ingenuement:ce qui (peut-estre) ne plaira pas a tous. Les propositions et vérités y sont espesses, mais souvent toutes sèches et crues, comme aphorismes, ouvertures et semences de discours.

Aucuns * trouvent ce livre trop hardy et trop libre a heurter les opinions communes, et s'en offensent. Je leur responds ces quatre ou cinq

18 Laquelle, si Ton pouvait la contempler des yeux du corps, exciterait en nous de merveilleux transports d'amour », Cicéron, de Offic. L. I, chap. v. — Cette pensée est de Platon, comme le dit Cicéron lui-même.

* Fartante. Le dernier alinéa de cette préface , et les trois alinéa commençant à Aucuns trouvent etc., et finissant par ces mots : à qui la dira, formaient V Adverlissement de l'autheur, qui était destiné par lui à être mis en tête de l'édition qu'il donnait en i6o3. Baslien l'a mis séparément à la tête de la sienne. L'édition de Dijon a négligé cette variante. Mais cet avertissement ne manque pas à toutes les éditions postérieures à 160 1 , comme le dit Bastien , puisqu'il se trouve fondu dans cette préface de la deuxième édition.

lyi PRÉFACE.

mots. Premièrement que la sagesse qui n'est commune ny populaire , a proprement cette liberté et authorité, jure'suo singulari, de juger de tout (c'est le privilège du sage et spirituel, spiritualis ornnia dijudicat 3 et a nemine judicaturl$), et en jugeant, de censurer et condamner (comme la plus part erronnées) les opinions communes et populaires. Qui le fera doncq ? Or ce faisant ne peut qu'elle n'encoure la male-grace et l'envie du monde.

D'ailleurs je me plains d'eux et leur reproche cette foiblesse populaire , et délicatesse féminine, comme indigne et trop tendre pour entendre chose qui vaille, et du tout incapable de sagesse : les plus fortes et hardies propositions sont les plus séantes a l'esprit fort et relevé, et n'y a rien d'estrange à celuy qui sçait que c'est que du monde : c'est foiblesse de s'estonner d'aucune chose , il faut roidir son courage, affermir son ame, l'endurcir et acerer à jouyr, sçavoir, entendre, juger toutes choses, tant estranges semblent-elles : tout est sortable et du gibbier de l'esprit, mais qu'il ne manque point a soy-mesme : mais aussi ne doit-il faire ny consentir qu'aux bonnes et belles, quand tout le monde en par-

r9 «L'homme spirituel juge de tout, et n'est jugé de personne». S. Paul, Ep. Iee. aux Corinthiens, chap. n, v. i5.

PRÉFACE. LMi

leroit. Le sage monstre également en tous les deux son courage : ces délicats ne sont capables de l'un ny de l'autre, foibles en tous les deux.

Tiercement en tout ce que je propose, je ne prétends y obliger personne ; je présente seule-» ment les choses, et les estalle comme sur le tablier. Je ne me metz point en cholere si l'on ne m'en croit, c'est a faire auxpedans. La passion témoigne que la raison n'y est pas, qui se tient par Tune a quelque chose , ne s'y tient pas par l'autre. Mais pourquoy se courroucent-ils ? est-ce que je ne suis pas par tout de leur advis ? Je ne me courrouce pas de ce qu'ils ne sont du mien : de ce que je dis des choses qui ne sont pas de leur goust ny du commun? et c'est pourquoy je les dis : Je ne dis rien sans raison , s'ils la sçavent sentir et gouster ; s'ils en ont de meilleure qui destruise la mienne , je l'escouteray avec plaisir, et gratification à qui la dira. Et qu'ils ne pensent me battre d'authorité 7 de multitude d'allégations d'autruy, car tout cela a fort peu de crédit en mon endroit, sauf en matière de religion, où la seule authorité vaut sans raison : C'est la son vray empire, comme par tout ailleurs la raison sans elle, comme a très bienrecogneu saint Augustin. C'est une injuste tyrannie et folie enragée de vouloir assubjettir les esprits a croire et suivre tout ce que les anciens ont dit, et ce que le peuple

lviii PRÉFACE,

tient, qui ne sçait ce qu'il dit ny ce qu'il fait : Il nj a que les sots qui se laissent ainsi mener, et ce livre n'est pas pour eux; s'il estoit populairement receu et accepté , il se trouveroit bien descheu de ses prétentions : Il faut ouyr, considérer et faire compte des anciens, non s'y captiver qu'avec la raison : et quand on les voudroit suivre, comment fera-t-on ? Ils ne sont pas d'accord. Aristote qui a voulu sembler le plus habile , et a entreprins de faire le procez a tous ses devanciers, a dit de plus lourdes absurdités que tous , et n'est point d'accord avec soy-mesme, et ne sçait quelquefois où il en est, tesmoin les matières de l'ame humaine , de l'éternité du monde , de la génération des vents, et des eaux, etc. Il ne se faut pas esbahir si tous ne sont de mesme advis, mais bien se faudroit-îl esbahir si tous en estaient : Il n'y a rien plus séant à la nature , et à l'esprit humain que la diversité. Le sage divin S. Paul nous met tous en liberté par ces mots : Que chacun abonde en son sens , et que personne ne juge ou condamne celuy qui fait autrement, et est d'advis contraire 20 : et le dit en matière bien plus forte et chatouilleuse, non en fait et observation externe, où nous disons qu'il se faut conformer au commun, et a ce qui est prescript au

20 St. Paul , aux Romains , chap. xiv, v. 5.

PRÉFACE. lix

coustumier 2I : mais encores en ce qui concerne la religion, sçavoir en l'observance religieuse des viandes et des jours. Or toute ma liberté et hardiesse n'est qu'aux pensées, jugemens, opinions, esquelles personne n'a part ny quart que celuy qui les a chascun en droit soy.

Nonobstant tout cela , plusieurs choses qui pouvoyent sembler trop crues et courtes, rudes et dures pour les simples (car les forts et relevés ont l'estomach assez chaud pour cuire et digérer tout), je les ay pour l'amour d'eux expliquées, esclaircyes, addoucyes en cette seconde édition, reveue et de beaucoup augmentée.

Bien veux-je advenir le lecteur 22 qui entreprendra de juger de cet œuvre , qu'il se garde de tomber en aucun de ces sept mescontes, comme ont fait aucuns en la première édition , qui sont de rapporter au droit et devoir ce qui est du fait : au faire ce qui est du juger : a resolution et détermination ce qui n'est que proposé , secoué et disputé problematiquement et academiquement : a moy et à mes propres opinions , ce qui est d'autruy , et par rapport : a Testât, profession et condition externe , ce qui est de l'esprit et suffisance interne : a la religion et créance divine , ce qui

21 Par la coutume , par l'usage.

32 Voyez la dernière variante.

lx PRÉFACE.

est de l'opinion humaine : a la grâce et opération surnaturelle., ce qui est de la vertu, et action naturelle et morale. Toute passion et préoccupation ostée , il trouvera en ces sept points bien entendus , de quoy se résoudre en ses doutes , de quoy respondre à toutes les objections que luymesme et d'autres luy pourroyent faire , et s'esclaircir de mon intention en cet œuvre. Que si encores après tout , il ne se contente et ne l'approuve^ qu'il l'attaque hardiment et vivement (car de mesdire seulement, de mordre et charpenter le nom d'austruy , il est assés aisé , mais trop indigne et trop pédant), il aura tôt ou une franche confession et acquiescement (car ce livre fait gloire et feste de la bonne foy et de l'ingénuité) , ou un examen de son impertinence et folie..

DE

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