‹ De la sagesseChapitre 71 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XIV. m · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIV. m

Mais soi-mesme, ou point selon aucuns (tesraoin une si grande et presqu1 infinie diversité' d'opinions d'iceluy, comme s'est veu cy-dessus, des doubtes et objections qui croissent tous les jours) ou bien sombrera ent, imparfaictement et indirectement par reflexion de la cognoissance des cboses à soi-mesme, par laquelle il sent et cognoist qu'il entend, et a puissance et faculté d'entendre, c'est la manière que les esprits se cognoissent. Le premier souverain esprit, Dieu, se cognoist premier, et puis en soy toutes choses; le dernier humain tout au rebours , toutes autres choses plustost que soy, et en icelles, comme l'œil en un miroir : comment pourroit-il agir en soy sans moyen et en droitte ligne ?

Mais la question est du moyen par lequel il cognoist et entend les choses. La plus commune opinion venue d'Aristotc, est que l'esprit cognoist et entend par le ministère des sens, que de soy il est comme une carte blanche et vuide, qu'il ne luy arrive rien qui ne soit passe' par les sens , nil est in intellectu , quod nonfuerit in sensu 6. Mais elle est premièrement fausse ; car , comme tous les sages ont dict , ainsi qu'il a esté

6 « Il n'y a rien dans l'intellect ( l'esprit ), qui n'y soit arrivé par les sens.- — Cette importante opinion d'Aristote, qui ne paraît pas avoir prévu toutes les conséquences qu'on en pouvait tirer, est devenu la base de tous les systèmes modernes d'idéologie.

lia DE LA SAGESSE,

touche cy-dessus, et renvoyé' en ce lieu , les semences de toutes sciences et vertus sont naturellement esparses et insinuées en nos esprits, dont ils peuvent vivre riches et joyeux de leur propre ; et pour peu qu'ils soyent cultivés, ils foisonnent et abondent fort. Puis elle est injurieuse à Dieu et à nature ; car c'est rendre l'ame raisonnable de pire condition que toute autre chose, que la végétative et sensitive, qui s'exercent d'elles-mesmes, et sont sçavantes à faire leurs fonctions, comme a esté dict. Que les bèstes lesquelles sans discipline des sens cognoissent plusieurs choses, les universels par les particuliers, par l'aspect d'un homme cognoissent tous hommes, sont advisés à éviter les dangers et choses invisibles, et poursuivre ce qui leur est convenable pour eux et leurs petits : et seroit chose honteuse et absurde que cette faculté si haute et divine questast et mendiast son bien de choses si viles et caduques, comme sont les sens : et puis enfin que peust l'intellect apprendre des sens, lesquels n'aperçoivent que les simples accidens ; car les formes , natures , essences des choses nullement , moins encores les choses universelles , les secrets de nature, et toutes choses insensibles : et si l'ame estoit sçavante par l'ayde des sens, il s'ensuivroit que ceux qui ont les sens plus entiers et plus vifs, seroient plus ingénieux et plus sçavants, et se voyt le contraire souvent, qu'ils ont l'esprit plus lourd et sont plus mal habiles , et se sont plusieurs privés à escient de

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