‹ De la sagesseChapitre 79 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XV. 12J · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV. 12J

doyans. Le plus grand argument de la vérité', c'est le gênerai consentement du monde. Or le nombre des fols surpasse de beaucoup celuy des sages : et puis comment est-on parvenu à ce consentement, que par contagion et applaudissement donné sans jugement et cognoissance de cause, mais à la suite de quelquesuns qui ont commencé la danse?

L'autre fin moins naturelle , mais plus ambitieuse , est l'invention , à laquelle il tend comme au plus haut poinct d'honneur , pour se monstrer et faire valoir ; c'est ce qui est plus estimé et semble estre une image de divinité. De cette suffisance d'inventer sont produicts les ouvrages qui ont ravy tout le monde en admiration ; et s'ils ont esté avec utilité publique , ils ont deïfié leurs autheurs. Ceux qui ont esté en subtilité seule sans utilité, ont esté en la peincture, statuaire , architecture , perspective , comme la vigne de Zeuxis, la Venus d'Apelles, la statue de Memnon, le cheval d'airain, la colombe de bois d'Archytas, la vache de Myron , la mousche et l'aigle de Montroyal20, lasphœre de Sapor, roi de Perse, celle d'Ar-

20 Je ne sais quel est ce nom de Montroyal , ni quelles sont ses deux merveilles : les autres sont très-connues. Ce nom de Montroyal serait-il la traduction de celui du célèbre astronome Regiomontanus ? La première édition ne parle ni de la mouche et de l'aigle de Montroyal , ni de la vache de Myron , ni de la sphère d'Arehimède. Ce sont des additions de la seconde.

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chimedes et ses autres engins , et tant d'autres. Or Fart et l'invention semblent non seulement imiter nature, mais la passer, et ce non seulement en particulier et individu (car il ne se trouve point de corps d'homme ou beste en nature si universellement bien faict , comme il se peust représenter par les ouvriers) ; mais encores plusieurs choses se font par art, qui ne se font point par nature : j'entends outre les compositions et mixtions , qui est le vray gibbier et le propre subject de l'art, tesmoin les extractions et distillations des eanx et des huiles faictes de simples , ce que nature ne faict point. Mais en tout cela il n'y a pas lieu de si gran le admiration que l'on pense ; et, à proprement cl loyalement parler, il n'y a point d'invention que celle que Dieu révèle : car celles que nous estimons et appelons telles, ne sont qu'observations des choses naturelles , argumentations et conclusions tirées d'icelles , comme la peincture et l'optique des ombres, les horloges solaires des ombres des arbres, l'imprimerie des marques et sceaux des pierres précieuses.

De tout cela il est aisé à voyr combien l'esprit humain est téméraire et dangereux, mesmement s'il est vif et vigoureux ; car estant si remuant , si libre et universel , et faisant ses remuemens si desreiglement , usant si hardiment de sa liberté par tout, sans s'asservir à rien , il vient à secouer aisément les opinions communes et toutes reigles par lesquelles l'on le veust

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