‹ De la sagesseChapitre 78 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XV. i · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV. i

en la vie en mesme estât; des objects qui sont infinis, de l'air mesme et sérénité du ciel :

Taies sunt horainum mentes , quali pater ipse Juppiter, auctifera lustravit lampade terras17 ,

et de toutes choses externes ; internement , des secousses et bransles que l'ame se donne elle-mesme par son agitation , et meue par ses propres passions ; aussi qu'elle regarde les choses par divers visages, car tout ce qui est au monde a divers lustres et diverses considérations. C'est un pot à deux anses, disoit Epictete ; il eust mieux dict à plusieurs.

Il advient de là qu'il s'empestre en sa besongne , comme les vers de soye l8, il s'embarrasse : car comme il pense remarquer de loing je ne sçay quelle apparence de clarté et vérité imaginaire, et y veust courir, voicy tant de difficultés qui luy traversent la voye , tant de nouvelles questes l'esgarent et l'enyvrent.

Sa fin à laquelle il vise est double : l'une , plus

'7 « Les esprits des hommes sont une émanation de cette même lumière dont Jupiter éclaire la terre ». «Lucrofe. Aafw» 9W*iàA: Uc*%m.

18 C'est ainsi qu'on lit dans la première édition, et dans celle de Bastien qui l'a suivie. On a mis dans celle de Frantin , les vers à soie. Pour moi, je n'ai pas osé rajeunir , ici ni ailleurs , le style de l'auteur; et je l'aurais d'autant moins fait en cette occasion , qu'il me semble que Charron veut dire que l'homme s'empêtre en sa besogne „ comme le ver s'empêtre de soie. <

commune et naturelle, est la vérité' où tend sa queste et sa poursuitte. Il n'est désir plus naturel que le désir de cognoistre la vérité. Nous essayons tous les moyens que nous pensons y pouvoir servir : mais enfin tous nos efforts sont courts, car la vérité n'est pas un acquest, ny chose qui se laisse prendre et manier, et encores moins posséder à l'esprit humain. Elle loge dedans le sein de Dieu, c'est là son giste et sa retraicte : l'homme ne sçait et n'entend rien à droict, au pur et au vray comme il faut, tournoyant tousjours, et tastonnant à l'entour des apparences qui se trouvent par tout , aussi bien au fauls qu'au vray. Nous sommes nais a quester *19 la vérité : la posséder appartient à une plus haute et grande puissance. Ce n'est pas à qui mettra dedans, mais à qui fera de plus belles courses. Quand il adviendroit que quelque vérité se rencontrast entre ses mains , ce seroit par hazard, il ne la sçauroit tenir, posséder, ny distinguer du mensonge. Les erreurs se reçoivent en nostre ame par mesme voye et conduicte que la vérité ; l'esprit n'a pas de quoy les distinguer et choisir : autant peust faire le sot que le sage ; celuy qui dict vray, comme celuy qui dict fauls : les moyens qu'il employé pour la descouvrir, sont raison et expérience, tous deux, très foibles, incertains, divers, on-

*'9 Nés pour chercher la vérité.

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