LIVRE m, CHAPITRE XXVI
par lesquelles l'on se prive de soy-mesme pour se donner au public. Les honneurs ne sont que flambeaux d'envie, jalousieN, et enfin exiletpovrelé. Qu'on repasse par la mémoire l'histoire de toute l'antiquité, l'on trouvera que tous ceux qui ont vescu et se sont comportés* dignement et vertueusement, ont achevé leur course, ou par exil , ou par poison, ou par autre mort violente ' : tesmoin entre les Grecs Aristides, Themistocles , Phocîon, Socrates; à Rome Camille, Scipion, Ciceron, Papinian; entre les Hébreux les Prophètes : tellement que c^est la livrée des plus honnestes hommes, c'est la recompense ordinaire du public h telles gens. Si pour un mauvais bruict commun et opinion populaire, tout galand homme doibt mespriser cela et n'en faire mise ny recepte : celuy se desgrade et déclare n'avoir aucunement proffilé en l'estude de sagesse, qui faict cas et se soucie des ju*gemens , bruicts et paroles du peuple , soit en bien ou en mal.
' Tite-Live en donne la raison, a L'envie, dit-il, ne touche point aux choses médiocres, elle ne s^attache qu'à celles qui sont élevées. Intacta in^idiâ média sunt, ad sunt" mafere tendit». Tit.-Liv. L. XLV, c. xxxi.