‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 114 sur 170 · LIVRE 111, CHAPITRE XXVII. 19S · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE XXVII. 19S

nos amis, de leur absence et esloîgnement de nous, c'est leur vray et très grand bien. Mœrere hoc eventum invidi magis (juam amici est *. Le vray usage de la mort, c'est mettre fin aux misères. Si Dieu eust faict nostre vie plus beureuse , il l'eust falote plus longue.

C'est donc à vray dire sur nostre interest qu'est fondée cette plalncte, cette affliction. Or cela est desja messeant , c'est espèce d'injure d'avoir regret au repos de ceux qui nous ayment , pource que nous en sommes incommodés , suis incommodis angi, non amicum sed seipsurn amantis est ^,

Après il y a a cela un très bon remède , que la forlune ne nous peut oster, c'est que survivant à nos amis, nous avons moyen .d'en faire d'autres : l'amitié est un des plus grands biens de la vie, aussi est-il des plus aysés à acquérir. Dieu faict les hommes , et les bommes font les amis. Â qui la vertu ne manque point, les amis ne manqueront jamais, c'est l'instrument avec lequel on les faict , et avec lequel quand on a perdu les anciens, on en refaict de nouveaux. La fortune nous a-t-elle osté nos amis? faisons-en de nouveaux : par ce moyen nous ne les aurons pas perdus, mais multipliés.

* ce S'affliger d'un pareil événement, c'est se montrer plutôt )aloux qu'ami ». — Cîcer. ^e Amicitia^c, iv, n. i4-.

^ « S'affliger de ses propres maux , c'est amour de soi et non pas amitié ». — Cicer. de Amicitia^ c. m , n. fo.

tgS DE LA SAGESSE,

De la mort

IL en a esté tant au long et en tout sens parlé en l'onzîesme et penultîesme chapitre du second livre, qu'il ne me reste plus rien à dire icy, dont je renvoyé là.

Seconde partie , des maux internes, passions fascheuses.

PREFACE

JJ £ tous ces maux susdicts naissent et sourdent en nous diverses passions et affections cruelles; car estant iceux prins et considérés tout simplement comme tels, naissent craincte, qui appréhende les maux encores à venir; tristesse, qui les regarde presens, et s^ils sont en autruy, c'est compassion et miséricorde. Estant considérés comme venants et procurés par le faict d'autruy, naissent les passions de cholere, hayne, envie, jalousie, despit, vengeance, et toutes celles qui nous font regarder de mauvais œil ceux qui nous causent du desplaisir. Or cette vertu de force et vaillance consiste à reiglement et selon raison recepvoîr tous ces maux, s'y porter courageusement, et en ce faisant se tenir et garder net et libre de toutes passions qui en viennent. Mais pource qu'elles ne subsistent que par ces maux , si par le moyen et secours

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