LIVRE III, CHAPITRE XXXI
l'offense d'autruy; si nous ne vainquons la cholerci elle nous vaincra , injuria^ et ojfensiones supernè despi^
cere ".
Le second chef est de ceux qu'il faut employer, lorsque les occasions de cholere se présentent et qu'il semble qu'elle veut naistre en nous, qui sont t. arrester et tenir son corps en paix et repos , sans mouvement et agitation , laquelle eschaulfe le sang et les humeurs , et se tenir en silence et solitude. 2. Dilation *'^ k croire et prendre resolution, donner loysîr au jugement de considérer. Si nous pouvons une fois discourir, nous arresterons aysement le cours de cette fièvre. Un sage conseilloit à Auguste, estant en choiera, de ne s'esmouvoir que premièrement il n'eust dict et prononcé les lettres de l'alphabet '^. Tout ce que nous disons et faisons en la chaude cholere nous doibt estre suspect; pour ce faut-il faire alte : nil tibi Uceat dwn irascens. Quare? Quia vis omnia Ucere '^. « Nous nous debvons craindre, et doubter denousmesmes, car tant que nous sommes esmus, nous ne
" « Placez-vous si haut que Tinjure etToffense ne puissent vous atteindre ». Senec. de Clementia, L. I, c. v.
*»* Délai, retard.
'^ Voyez Plutarque, Dits des rois, princes et capitaines,
'4 « Ne vous permettez rien quand vous êtes en colère. Pourquoi? C^est que vous voudriez alors que tout vous fût permis ». Senec. de Ira , L. III , g» XII.
no» DE LA SAGEwSSE,
pouvons rien faire à propos : la raison lors émpeS-» trée des passions ne nous sert non plus que les aisle^t aux oiseaux englués par les pieds. Parquoy il faut re^ courir à nos amys et meurir nos choleres entre leurs discours '^ ». 4* Aussi la diversion à toute chose plaisante , à la musique '^.
Le troisiesme chef est aux belles considérations desquelles doibt estre abbreuvé et teinct nostre esprit de longue main. Premièrement des actionset mouvemens de ceux qui sont en cholere, qui nous doibvent faire horreur tant elles sont messeantes : c'est Texpédient que donnent les sages pour nous en destourner, conseillant de se regarder au miroir. Secondement et au contraire de la beauté qui est en là modération, <c songeons combien la douceur et la cle^ mence ont de grâce , comme elles sont agréables aux autres et utiles à nous-mesmes : c'est l'aymant qui tire à nous le cueur et la volonté des hommes. Cecy est principalement requis en ceux que la fortune à colloques en haut degré d'honneur, qui doi\)vent avoir les mouvemens plus remis et tempérés. Car comme les actions sont plus d'importance : aussi leurs faultes sont plus difficiles à reparer '^ ». Finalement y a l'es-
■^ Duyair, Philosophie morale des Sidîques , p, 900. *® C'est-à-dîre , « ïa diversion que donne toute chose agréable, telle que la musique, est aussi un bon moyen »^ '7 Duvalr, ibid, p. 89g.