LIVRE IIl, CHAPITRE XXXI. aoS
eoustumant à la facilite et simplicité, mère de paix et reposa Ad omnia compositi simus ; quae bona et paratiora, sint nobis meUora etgratiora * : c'est la doctrine générale des sages. Cotys , roy, ayant reçu de présent *^ plusieurs très beaux et riches vaisseaux fragiles et ayses à casser, les rompit tous, pour n'estre en danger de se cholerer *^ advenant qu'ils fussent cassés ^. Ce fut la deffiance de soy, lascheté et craincte qui le poussa à cela. Il eust bien mieux faict si sans les rompre , il se fust résolu ne se courroucer pourquoy qu'il en fust advenu : 4. curiosité, à l'exemple de César, qui victorieux ayant recouvré les lettres , escrits , mémoires de ses ennemys, les brusla tous sans les vouloir voir ^. 5. Légèreté à croire. 6. Et surtout l'opinion d'estre mesprisé et injurié par autruy, laquelle il faut chasser comme indigne d'hommerde cueur; car combien qu'elle semble estre glorieuse et venir de trop d'estime de soy (vice grand cependant), si vient-elle de bassesse et foiblesse : car celuy qui s'estime mesprisé de quelqu'un, est en quelque sens moindre que luy, se juge,
* « Que tout nous convienne : ce qui ne demande aucune peine pour être bon , préférons-le , trouvons-le meilleur et plus agréable ».
*^ Eh présent.
*^ De se mettre en colère.
^ Voyez Plutarque, Dits des rois^ princes et capitaines.
^ Voy. Plin. NaU Hist L. VII , c. xxv, in fine. — Senec. àt Ira , L. II , c. xxill.
2o6 DE LA SAGESSE,
ou craînct de Testre en vérité , ou par réputation , et se défie de soy : nemo non eo a quo se contemptum judi-' cai rninor est h II faut donc penser que c^est plustost toute autre chose que mespris, c^est sottise, indiscrétion , nécessité et deffaut d'autruy. Si le mespris prétendu vient des amis, c^est une grande familiarité ; si de nos subjects, sçachans que Ton a puissance de les chastier et faire repentir, il n'est à croire qu^ils y ayent pensé; si de viles et petites gens, nostre hon* neur ou dignité et indignité n'est pas en la main de telles gens : indignus Caesaris ira ^. Agatocles et Antigonus se rioient de ceux qui les injurioient , et ne leur firent mal les tenant en leur puissance. César a esté excellent pardessus tous en cette part, mais Moyse, David et tous les grands en ont faict ainsi, magnain fortunatn magnas animas decei ^. La plus glo-' rieuse victoire est d'estre maistre de soy , ne s'esmouvoir pour autruy. S'en esmouvoir, c'est se confesser atteinct; convicia, si irascare^ agmta videntar; sprefa exolescant ^^, Celuy ne peut estre grand, qui plie sous
7 Senec. de Ira ^ L. III , c. v. — La traduction précède la citation.
^ cr Indigne de la colère de César ».
9 <c Une ame grande convient dans une grande fortune »• Senec. de Clementia , L. I , cap. V.
■^ « S^irriter des injures , cVst presque reconnaître qu^elles sont méritées- Les mépriser, c'est en détruire tout TcfFet >». — Tacit. Annal L. IV, c. xxxiv, in fine.