‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 158 sur 170 · I. Le premier ' consiste en intelligence, c^est de · texte numérisé non relu

I. Le premier ' consiste en intelligence, c^est de

bien cognolstre le sujet que nous traîctons et essayons de former à la Sagesse, c^est Thoinme. Par rhomme i^entends et ymuersellemcnt la condition humaine, et particulièrement, la sienne propre. C^est vne très-belle et vtile science et par vn préalable nécessaire. Le premier en toute chose est la cognoissance de ce que Ion a en main et que Ion traicte , mais elle est bien difficile. Car Thomme est extrêmement fardé et desguisé, non seulement Phomme à lliomme, mais chacun à soy-méme : chacun prend plaisir ài -se tromper, se cacher et se desrober, se trahir soymesme. Ijpsi nobis fmio subducimwr. Sje fia tant et oha-* touillant pour se faire rire, atténuant ses défauts, enchérissant ce qu^il a de bon. Or pour ce faire il faut premièrement coguoistre toutes sortes d^hoihmes, de tons airs, climats, de tous naturels, aages, estats^ profession, (à cecy sert le voyager et l'histoire) leurs mouuemens, inclinations, actions, non seulement publiques, c'est le moins, elles sont toutes artificielles, mais priuées , et spécialement les plus simples et naïfues, produites de leur propre et naturel mou-* nement; aussi toutes celles qui 'le touchent et intéressent particulièrement , car en ces deux se descouure au vray lé naturel. Puis qu'il les rapporte toutes ensemble pour en faire corps entier et iugement vniversel, mais spécialement qu'il entre en soy-mesme, st taste, se sonde bien attentiaeiiient sans ae flatter, qu'il examine chaque pensée, parole, aetioii*,r ëertes

aya PETIT TRAICTÉ

enfin il apprendra que Thomme est en vérité à^vne part vne fort chetiue, foible, piteuse et misérable chose, et en aura compassion : et d^autre part le trouuera tout enfle et bouffi de vent dWgueil, présomption, désirs, dont il en aura dëpit, desdain et horreur. le ne veux pas m'arrester d^avantage à ce premier poinct : car c'est le sujet de tout mon premier liure, auquel par tant de divers moyens, en tous sens, et à tous vsages , et certes iusques au vif Thomme est dépeint et représenté ; et si fort , qu'à vraj dire, car ie le sens bien, plusieurs s'en offensent et s'en plaignent : se faschent que Ion abaisse et rauale l'honmie si fort, que Ion luy descôuure si auant ses hontes : et moy ie me plains et crie , que personne n'estudie à se cognoistre, ny ne s'en sonde; quoy que Ion dise et qu'on le picque, il ne sent point, il ne s'en remue ny n'appréhende. Qui est.celuy qui confesse de bonne foy ne se cognoistre point ? Et où est celuy qui estudie sérieusement à se. cognoistre? personne n'est maistre à soy-mesme, et non gaeres k autruy. Aux choses non nécessaires tant y a de maistres et de disciples , en cette cy point. P^ous ne sommes iamais chez nous ny au dedans , maîA tou9iours au dehors à muser; l'homme cognoist mieux toutes autres choses que soy. Quelle misère ! it voy tous IcjS iours gens qui tiennent' rang , qui vcmt la teste Icnëe, et font ta leçon aux autres, qui comme ils font profession , aussi sont-ils en réputation de

DE SAGESSE, ajS

vertu et àe sçauoir, si couuerts et regorgeans de tares, de défauts et de vices, que toutefois ils ne sentent aucunement, voire demeurent tant contens de leurs persoones. Que feriez-vous à cela? maladie incurable. Or le seul sage se cognoist, et qui bien se cognoist sage est.

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