‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 23 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XL

mière nous procure Tadmiration , Testime; la seconde, la bienveillance et Tamour. •> — Il ^^ a des règles à suivre dans les b]'en£ûts* D^abord îl importe de ne pas donner au vice ce qui appartient au mérite et à la vertu. Mais si les më-chans sont tellement mêlés avec les bons, que Ton ne puisse les séparer , il ne faut pas priçer les bons des bienfaits, à cause des méchans. Ensuite, il faut donner volontiers , sanfi délai , sans espérance que le bienfait sera rendu ; il faut aussi que les bienfaits soient bonorables pour celui qui les reçoit, et alors ils peuvent être connus du public; tandis qu^ib doivent rester cachés s'il en résultait quelque déplaisir ou quelque honte pour celui que Ton oblige. Enfin , il faut que les bienfaits ne portent préjudice à personne : obliger Fun aux dépens de Tautre, c'est , £t le sage, sacrifier le fils en la présence du père. Il ne &ut de la part du bienfaiteur, ni jactance, ni vanteriez il doit renouveler les bienfaits au besoin , sans se plaindre , sans craindre Pingratitude. C'est humilier celui qui reçoit que d'eidger de lui des garanties , des cautions : un honnête homme est bien moins lié par des actes , que par Fhonneur et la conscience. — Du bienfait nait la reconnaissance, qui, à son tour , produit des bienfaits. La reconnaissance est un devoir &cile à remplir : il n'y a qu'à laisser aller son cœur. Les bêtes mêmes sont reconnaissantes des bienÊûts. L'ingratitude, a dit un philosophe , est un vice contre nature : il y a quelque espèce de justice , et quelquefois du courage à se venger d'une injure ; maïs il n'y i rien que de lâche et de honteux à méconnaître un bienfait^ Voici les lois de la reconnaissance : recevoir le bienfait , avec un air de satisfaction, et même de joie , afin que le bienjj^teur ne croie pas vous avoir offensé ou humilié; n'oublier jamais le bien&it, quand même le bieu£aiiteur deviendrait votre ennemi ; enfin,

ne point craindre de le publier : cVst la manière la plus glorieuse et la plus sûre de s^acquitter.

Exemples : Marc- Antoine.— Hésiode. — Chelonfs. — Cësar. — Un pape. — Platon et Aristote.

Ju A science et matière du bienfaict et de la recognoissance de Tobligation activé et passive est grande , de grand usage et fort subtile. Cest en quoy nous Taillons le plus : nous ne sçavons ny bien faire , ny le recognoistre. Il semble que la grâce, tant le mérite que la recognoissance , soit courvée , et la vengeance ou la mecognoissance soit à gain ^ tant nous y sommes plus prompts et ardens. Graiia oneri est, ultio in quœstu habeiuT. — Aldus injuriœ çuàm merila descendant \ Nous parlerons donc icy premièrement du mérite et bienfaict, où nous comprenons Fl^umanité, libéralité, aumbsne; et leurs contraires, inhumanité, cruauté : et puis de Fobligation, recognoissance et mescognoissance, ou ingratitude et vengeance.

Dieu , nature , et toute raison nous convient à bien faire et à mériter d'autruy ^. Dieu par son exemple et

■ «r La reconnaissance parait à charge , et la vengeance tout profit. — Les injures pénètrent plus profondément que les bienfaits. * — Tacite hisiorian L. IV, c. m. — Senec. de BeneficUs , L. I , c. !•

^ Senec. àe Oiio sapienU c. xxx , sub fine.

Page 1