‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 74 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XVI

demcit; Deus enim eripit eum ab omni rnalo^). Et aussi de son estât, car comme ont dict tous les sages , la religion est le lien et le ciment de la société humaine.

Le prince doibt aussi se rendre subject , et inviolablement garder et faire garder les loix de Dieu et de nature , qui sont indispensables : qui attente contre elles , n'est pas seulement tyran , mais un monstre.

Quant aux peuples , il est obligé premièrement de garder ses promesses et conventions, soit avec ses subjects ou autres y ayant interest. C'est l'équité natorelle et universelle. Dieu mesme garde ses promesses. Dadvantage le prince est caution et garant formel de la loy et des conventions mutuelles de ses subjects. Il doibt donc pardessus tout garder sa foy, n'y ayant rien plus détestable en un prince que la perfidie et le parjure ^, dont il a esté bien dict qu'on doibt mettre entre les cas fortuits si le prince contrevient à sa promesse, et qu'il n'est pas à présumer au contraire. Yoire il doibt garder les promesses et conventions de

" w C'est une vraie sauve-garde que la piété : rhomme pieux est à Tabri des atteintes du sort et des mauvais génies ; car Dieu lui-même le préserve de tout mal ». — Merc. Trîsmeg. apud Laetantium , de Origine errons, c. xv.

' Non ignoras alioquiy dit Pline au sujet de Trajan, nemini religiosius quod juraçerit cusiodiendum , quam cujus maxime interest non pejerare, Panegyr. cap. LXV.

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ses prédécesseurs, s^il est leur héritier, ou bien si elles sont au bien et proffit publie. Aussi se peut-il relever de ses promesses et conventions desraisonnables et mal faictes , tout ainsi et pour les mesmes causes que les particuliers se font relever par le bénéfice du prince.

Il doibt aussi se souvenir que combien qu'il soit pardessus la loy (civile et humaine s'entend) comme le créateur pardessus sa créature (car la loy est l'œuvre du prince , laquelle il peut changer et abroger à son plaisir, c'est le propre droict de la souveraineté), si est-ce que cependant qu'elle est en vigueur et crédit , il la dôibt garder, vivre , agir et juger selon elle; et ce luy seroit déshonneur et de très mauvais exemple d'aller au contraire , et comme se desmentk*. Le grand Auguste, pour avoir une fois faict con^e la loy en son propre faict, en penisa mourir de regret. Lycurgue , Agesilau.<; , Seleucus ont donne de très notables exeftiples en cette part , et à leurs despens.

Tiercement le prince est débiteur de justice à tous ses subjects , et doibt mesurer sa puissance au pied de la justice. C'est la propre vertu du prince vrayement royale et principesque, dont justement fut dict par iine vieiHeau roi Philippe, qui dilayoit ^*luy faire justice , disant n'avoir le loysir, qu'il desistast donc

*3 Di£férait de.

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