‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 75 sur 170 · LIVRE m, CHAPITRE XV. i3i · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XV. i3i

€t laissast *^ d'estre roy ^. Mais Demelrîus n'en eut pas si bon marché , qui fut despouillé de son royaume par ses subjects, pour avoir jette du pont en bas en la rivière plusieurs de leurs requestes sans y avoir respondu et faict droict ^.

Finalement le prince doibt aymer, chérir, veiller et avoir soing de son estât, comme le mary de sa femme, le pare de ses enfans , le pasteur de son troupeau , ayant toujours devant ses yeux le profBt et le repos de ses subjects. Labeur et le bien de Testât est le but et le contentement d^un bon prince, ut respubUca opibusjinna, copiis hcupks, gloria atr^la, virtute hanesia sW^.ht prince qui s'arreste à soy s'abuse , car il n'est pas à soy, ny Testât aussi n'est sien, mais il est à Testât. Il en est bien le maistre, non pas pour maistriser, mais pour le maintenir, eut non cmum semtus tradiia, sed tutela ^ : pour le soigner et veiller, afiin que sa vi-

*4 Et cessât.

^ Voyez Platavque , Dits des Rois , Princes et Capitaines.

^ Plutarque , Vie de Démétrius. — - Plutarque ne dît point que , pour cette action , Démétriusyu^ dépouillé de son royaume par ses sujets ; Charron s^est laissé tromper par sa mémoire.

7 « Il doit travailler à rendre la république puissante par ses richesses , ses armées , glorieuse et bien policée ».. C^est un passage du L. V de la République rde Cicéron , qu il cite dans ses Letifies à Aiticus , L. VllI , ép. XI.

^^ « Il n^a pas les citoyens sous son joug, mais sous sa garde » . Sénèque, de Clementia , L. I , c. xviii.

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gîlance garde tous ses subjects dormans , son travail les fasse chommer, son industrie les maintienne en délices, son occupation leur donne vacations, et que tous ses subjects sçachent et sentent qu'il est autant pour eux que pardessus eux.

Pour estre tel et bien s^acquitter, il se dolbt porter, comme a esté dict bien au long aux 2 et 3 chapitres de ce livre, c'est k dire faire et avoir provision de bon conseil , de finances , et des forces dedans son estât, d'alliance, et d'amis au dehors pour agir et commander en paix et en guerre, de telle. sorte qu'il se fasse aymer et craindre tout ensemble.

Et, pour comprendre tout en peu de paroles, il doibt craindre Dieu sur-tout , estre prudent aux entreprînses , hardy aux exploits , ferme en sa^ parole, sage en son conseil , soigneux des subjects, secourable aux amys, terrible aux ennemys, pitoyable aux affligés, courtois aux gens de bien, effroyable aux meschans, et juste envers tous *.

Le debvoir des subjects est en trois choses , rendre l'honneur aux princes, comme à ceux qui portent

9 Appliquez ici ces paroles de Bayle : « Il serait peut-;étre à souhaiter que les rois fussent semblables au sage des Stoïciens , sans amour et sans haine ». Dict. art, Henri III , Rem. N. — Cicéron avait dit bien des siècles auparavant : Optandum ut u qui prosunt reip. legum similes sint, quœ ad puniendum, non iracundiay sed ixquitate ducuniur, < — De Offic*. L. I , cap. XXV, in fine.

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