CHAPITRE XVII
Debvoir des magistrats.
Sommaire. — Ce n'est point par ambition , ni par un vil intérêt que les gens de bien acceptent les charges publiques , mais pour que les méchans ne s^en emparent pas. — Avant de prendre une place , il faut se rendre digne de Tocci^per. — Le magistrat a des devoirs à remplir , tant envers le souverain , qu'envers les particuliers. Il doit exécuter les décrets du souverain s'ils sont impératifs , et se permettre seulement des remontrances , lorsqu'ils sont contraires au
i4o DE LA SAGESSE,
bien public ; s^îls blessent la loi de Dieu ou de la nature, il doit se démettre de sa cbarge plutôt que d^ obéir. Ses de-^ voirs envers les particuliers sont d'être impartial , d'un facile accès , de refuser les présens ; d'allier, autant que possible la sévérité à la douceur, etc.
Exemples : La loi Julia; l'empereur Sévère; Socrate; Papi-
nien; Gléon; Cicéron; Platon.
LiES gens de bien en la republique aymeroient mieux jouyr en repos du contentement que les bons et excellens esprits se sçavent donner en la considération des biens de nature, et des effets de Dieu, qu'à prendre charges publiques, n'estoit qu'ils craignent d'estre mal gouvernés, et par les meschans, parquoy ils consentent estre magistrats : mais de briguer et poursuy vre les charges publiques , mesmement de judîcature, c'est chose vilaine, condamnée par toutes bonnes loix , voire des payens , tesmoing la loy Jalia de ambitu, indigne de personne d'honneur, et ne sçauroit-on mieux s'en déclarer incapable. De les achepter est encores plus vilain et puant, et n'y a point de plus sordide et vilaine marchandise que celle-là ; car il faut que celuy qui a achepté en gros revende en détail : dont l'empereur Severe parlant contre telle faulte, dict que l'on ne peut bien justement condamner celuy qui vend ayant achepté '.
' Voici le mot de l'empereur Sévère , tel que Lampride le