LIVRE III, CHAPITRE XIX. i
penculorum ainor, nec fonnidabilium appetiiio diUgentis-' sima; .... in tutela suiforiitudo est, et eadein patientissima eorum guibusfalsa species malorum est ^ La vertu ne peut estre sans cogoolssance et appréhension ; Ton ne peut vrayeraent mespriser le danger que Ton ne sçait, si Ton ne veut aussi recognoîstre cette vertu aux bestes. Et de faict ceux ordinairement qui entreprennent sans avoir appréhendé et recognu, quand se vient au poinct de Texecution le nez leur saigne.
La trolsiesme condition, c'est une resolution et fermeté d'ame fondée sur le debvoir, et sur Thonnesteté et justice de l'entreprinse, laquelle resolution ne relasche jamais, quoy quMI advienne , mais qui achevé généreusement ou Pentreprinse, ou la vie. Contre cette condition faillent plusieurs, premièrement et bien lourdement ceux qui cherchent cette vertu au corps, et en la force et roideur des membres. Or vaillance n'est pas qualité de corps, mais d'ame , fermeté, non des bras et des jambes, mais du courage. L'estimation et le prix d'un homme consiste au cueur et en la volonté : c'est où gist son vray honneur : et le seul advantage et la vraye victoire sur l'ennemy.
^ « Ce n'est point une aveugle témérité , ce n'est point Tamour des périls , ni cette manie qui fait rechercher ce que tout le monde redoute. . . Le courage s'occupe de sa propre conservation , et il sait souf&ir ce qui n'a que l'apparence des maux >».— Senec. Epist. Lxxxv.
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c'est Pespouvanter et faire force à sa constance et vertu : tous autres advantages sont estrangers et empruntés ; roideur de bras et de jambes est qualité d'un porte-faix ; faire broncher son ennemy, lui faire siller les yeux à la lueur du soleil, c'est un coup de la fortune. Celuy qui, ferme en son courage pour quelquç danger de mort, ne relascbe rien de sa constance et asseurance , bien qu'il tombe, il est battu non de son adversaire , qui est possible en effect un poltron , mais de la fortune, d'où il faut accuser son malheur, et non sa lascbeté. Les plus vaillans sont souvent les plus infortunes. Encores plus faillent ceux qui s'esmeavent, et font cas de cette vaine et trasonienne *^ troigne de ces espouvantés vieillaques *^, qui par on port hautain, fiere contenance et parole brave , veulent acquérir bruict de vaillans et.hardis , si on leur vouloit tant prester à crédit, que de les en croire.
Ceux aussi qui attribuent la vaillance à la ruse et finesse, ou bien à Part et industrie, mais c'est trop la prophaner, que la faire jouer un roUe si bas et chetif. C'est déguiser les choses, et substituer une faulse pierre pour une vraye. Les Lacedemoniens ne vouloieiU point en leur ville des maistres qui appris-
*4 Et audacieuse , insolente. — Du latin ihraso , qui a le même sens.
*^ Lâches , poltrons. — Ce mot est un dérivé de mépris de vUU vieux , du latin vetulus.