‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 103 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

^ands soîenl-ils , ne peuvent donner grand coup a celuy qUji se tient sur ses gardes et est prest de les recevoir , praemediiati mali mollis {dus venu : quicquid expectatum est diù, leçihs accedit ^^. Or pour avoir cette prévoyance , il faut premièrement sçavoir que nature nous a mis icy, comme en un lieu fort scabreux et où tout bransle ; que ce qui est arrivé à un autre , nous peust advenir aussi ; que ce qui panchç sur tous peust tomber sur un chascun ^** ; et en tous affaires que l'on entreprend , préméditer les inconveniens et mauvaises rencontres qui nous y peuvent advenir, aflfin de n'en estre surprins. combien nous sommes deçeus et avons peu de jugement , quand nous pensons que ce qui arrive aux autres , ne puisse arriver jusques à nous ! quand ne voulons estre prevoyans et defians, de peur que l'on ne nous tienne pour craintifs ! Au contraire si nous prenions cognoissance des choses , ainsi que la raison le veust , nous nous estonnerions plustost de ce que si peu de traverses nous aiTivent, et que les accidens qui nous suyvent de si près, ont tant tardé à nous attraper ; et nous ayant atteints , comment ils nous traittent si doucement. Celuy qui prend garde

^ <c Nous sommes moîas sensibles aux coups que nous avons prévus : un malheur que nous attendions depuis longtems^ nous parait plus supportable, lorsqu'il arrive ». Sén. ép. ibid,

^^ Scito.,,, quicquid in ulium incurrit y posscîn te quoque incurrere. Séneq. De Tranquillité animi, cap. xi.

et considère l'adversité d'autruy, comme chose qui luy peust advenir , avant qu'elle soit à luy , il est armé. Il faut penser à tout et compter tousjours au pire; ce sont les sots et mal advisés , qui disent j je n'y pensois pas. L'on dit que l'homme surpris **' est à demy battu , et au contraire un adverty en vaut deux : l'homme sage en temps de paix fait ses préparatifs pour la' guerre : le bon marinier avant de surgir du port, fait provision dé ce qu'il faut pour résister à la tempeste : c'est trop tard s'apprester , quand le mal est advenu ^^. A tout ce quoy nous sommes préparés de longue main , nous nous trouvons admirables , quelque difficulté qu'il y aye. Au contraire il n'y a chose si aysée , qui ne nous empesche, si nous y sommes nouveaux. Id videndwn ne qvid inopinatum sit nobis, quia omnia novitate graviora sunt ^^. Certes il semble bien que si nous sommes aussi prevoyans que nous debvons et pouvons estre , nous ne nous estonnerons

"^^^ On lit ici surpris danjs la première édition , quoiqu^on y trouve surprins quelques' lignes plus haut Ce qui prouve que la langue n'était pas plus fixée alors que rorthographe, et qu^à Tépoque où Charron écrivait, on disait également surprins et surpris , le premier d'après le vieux langage , le second d'après celui qui commençait à' s'introduire.

A> Serb animiis eui periculorum patientiam ^ pqsi pericula , instruitur, Séneq. De TranquiU. animi, cap. xi.

43 « Tâchons qu'il ne nous arrive rien d'inopiné, car les accidens deviennent plus graves par leur nouveauté même >».

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