‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 127 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE X. aSi · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X. aSi

pos. Et pource, il faut sur-tout éviter précipitation ennemie de sagesse, inarastre de toute bonne action, vice fort à craindre aux gents jeunes et boulUans. Cest à ta verltë un tour de maistre et bien habile homme de sçavolr bien prendre les choses à leur poinct, bien mesnager les occasions et commodités , se prévaloir du temps et des moyens. Toutes choses ont leur saison et mesme les bonnes, que Ton peust faire hors de propos. Or la hastiveté et précipitation est bien contraire à cecy, laquelle trouble, confond et gaste tout '^ : canis fesiinans cœcos facit catulos '^. Elle vient ordlnalfement de passion qui nous emporte, nom qui cupitfestinat : ^id festinat eçertit '^ ; — undefestinatio improvida etcœca * ^ : — duo adversissima rectœ menti celeritas et ira ' ' : et assez souvent aussi d^insuffisance. Le vice contraire, lascheté , paresse , nonchalance , qui semble aucunes fols avoir quelque air de maturité et

«3 Voyez Hérodote, L. VIL

■^ « Le chien, en se hâtant, fait des chiens aveugles ». Je ne sais de qui est la phrase latine dont je donne ici une traduction littérale. Il n^est pas difficile de deviner ce qu^ellc signifie. Je soupçonne qu^elle rappelle Popinion erronée , que le chien qui se hâte trop (dans certain acte), risque de faire des petits difformes.

'^ « On se hâte , lorsqu'on désire ; mais en se hâtant , on renverse ». Just. Lips. , PoUtiq. L. III.

'^ « C'est ainsi que la précipitation est imprévoyante et aveugle ». Tit. Liv. L. XXII, capv.

*7 <c II y a deux choses qui nuisent à la droiture du jugement : la trop grande vivacité, la colère ». Thucyd. L. 111.

a3a DE LA SAGESSE,

de sagesse , est aussi pernicieux et dangereux , principalement en Texécution. Car Ton dit qu'il est permis d'estre en la délibération et consultation poisant et long, mais non en Fexecution , dont les sagçs disent qu'il faut consulter lentement , exécuter promptement , délibérer à loysir et vistement accomplir '*. 11 s'est bien veu quelques fois le contraire , que l'on a esté heureux à l'événement, encores que l'on aye esté soudain et téméraire en la délibération, subUi consHueçen" tus feUces '^ ; mais c'est rarement et par coup d'adventure, à quoy ne se faut pas reigler, et se bien reigler, et se bien garder que l'envie ne nous en prenne : car le plus souvent une longue et inutile repentance est le salaire de leur course et hastiveté. Voicy donc deux escueils et extrémités qu'il faut pareillement éviter ; car c'est aussi grande faute de prendre l'occasion trop verte et trop crue, que la laisser trop meurir et passer: le premier se fait volontiers par les jeunes , prompts etbouillans, qui, à faute de patience, ne donnent pas le loisir au temps et au ciel de faire rien pour eux , ils courent et ne prennent rien : le second par les stupides, lasches et trop lourds. Pour cognoistre l'occasion et l'empoigner, il faut avoir l'esprit fort et esveillé, et aussi patient : il faut prévoir l'occasion , la guetter,

»* C'est Démosthèoe qui le dît. Voy. Philipp, L Aristote le répète dans l'éthic. Nîcom. L. VI , cap. ix.

'9 K On réussit souvent pour avoir pris subitement un parti ».

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