II
a;^ DE LA SAGESSE^
sages cherchent par mer et par terre, à pied et à cheval; tout nostre soin doibt tendre là; c^est le fruict de tous nos labeurs et estudes y la couronne de sagesse. Mais afBn que Ton ne se mescompte , il est à sçavoir que cette tranquillité n^est pas une retraicte, une oisiveté ou vacation de tous affaires, une solitude délicieuse et corporellement plaisante , ou bien une profonde nonchalance de toutes choses. SUl estoît ainsi, plusieurs femmes, fainéants, poltrons et voluptueux jouiroient à leur ayse d^un si grand bien , auquel aspirent les sages avec tant d^estude : la multitude nj rareté des affaires ne faict rien à cecy. Cest une belle, douce, égale, unie, ferme et plaisante assiette et estât de Famé, que les affaires, ny Toisiveté, ny les accîdf^s bons ou mauvais, ny le temps ne peust troubler, itérer, eslever, ny ravaller, vera trançuillitas , non concuti^. '
Les moyens d'y parvenir, de Tacquerir et conserver, sont les poincts que j'ay traités en ce livre second, dont en voicy le recueil ; et gisent à se défaire et garantir de tous empeschemens , puis se garnir des choses qui l'entretiennent et conservent ^. Les choses qui plus empeschent et troublent le repos et tranquillité d'esprit sont les opinions communes et populaires,
< « La vraie tranquillité , c'est de n'être ému de rien '>. Sen. , ep. lxxi.
' Voyei là jdessus Épictète, Enchir'uL , art. i8.