LIVRE II, CHAPITRE XII
qui sont presque toutes erronées , puis les désirs et passions qui engendrent une délicatesse et difficulté en nous, laquelle faict que l'on n'est jamais content; et îcelles sont reschauflées et esmeues par les deux contraires fortunes, prospérité et adversité, comme par vents impétueux et violens : et finalement cette vile et basse captivité, par laquelle l'esprit (c'est à dire le jugement et la volonté ) est asservi et détenu esclave comme une beste , soubs le joug de certaines opinions et reigles locales et particulières ^. Or il se faut émanciper et affranchir de tous ces ceps et injustes subjections, et mettre son esprit en liberté, le rendre à soy, libre, universel, ouvert et voyant par tout, s'esgayant par toute l'estendue belle et universelle du monde et de la nature. In commune genitus , mundum ut unatn domufn specians;^ — toti se inferens
^ Il y a bien d^autres causes qui coucourent actaellement à troubler la tranquillité de Tesprit. Écoutons Bayie. « Il est beaucoup plus Étoile , dit-il , de parvenir , par son industrie , aux honneurs et aux richesses qu^à la tranquillité de Tesprit Le calme des passions , le repos de Famé , le contentement de Tesprit , dépendent de mille choses qui ne sont point sous notre jurisdiction. L^estomac, la rate, les vaisseaux lymphatiques , les fibres du cerveau , cent autres organes dont les anatomistes ne savent pas encore le siège et la figure , produisent en nous bien des inquiétudes, bien des jalousies , bien des chagrins. Pouvons-nous changer ces organes-là ? Sont-ils en notre puissance? ». Bayle, Rem. B. de l'article Reinesius, — N.
s'entretenir et demeurer content de soy, qui est le fruict et le propre effet de la sagesse : nisi sapienti sua non placent ; omnis stuhitia laboratfastidio sut;
Non est beatus , esse se qui non putat '.
Bref à cette tranquillité d'esprit, il faut deux choses , rinnocence et bonne conscience, c'est la première et principale partie qui arme et munit merveilleusement d'asseurance; mais elle ne pourrait pas suffire tousjours au fort de la tempeste, comme il se void souvent de plusieurs qui se troublent et se perdent : eiittanta iribulatio ut seducantur justi *°. Parquoy il faut encores l'autre, qui est la force et la fermeté de courage, comme aussi cettuy seul ne seroit assez : car l'effort de la conscience est merveilleux ; elle nous faict trahir, accuser et combattre nous-mesmes ; et à faute de tesmoin estranger , elle nous produit contre nous,
Occultam quatiente antmo tortore flagellum ".
d « Il n'y a que le sage qui se trouve bien de ce qu^il a; le dégoût et FenDui poursuivent partout finsensé. On n^est pas heureux, quand on ne croit pas fétre ». Sénèque, epist. ix, in fine»
■^ tt La trîbulatîon sera si grande, que les justes eux-mêmes ne teinteront pas fermes dans leurs maximes ». Je croîs ceci pris dans Févangile de St.- Marc; mais ce n'est qu'une imitation. Cet évangéliste dit, cbap. xill, v. 19 : Erunt emmdies illitrihulationes taies ^ etc, ; et au verset 22 du même chapitre: Exurgent pseudoprophetœ ^ et dabunt signa et portenta ad seducendos , sifiAiri potest , etiam electos .
"Et, comme un bourreau, déchire d^ un fouet invisible, le cœur de sa victime ». Juvénal , sat. xiii , v. iqS.