‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 162 sur 245 · LIVRE 111, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE IL

tout ce qu^on pourrait dire , c^est que dans le cas d^une nécessité bien reconnue , et pour éviter la subversion entière de Fétat, ce n^est pas une grande faute de sYcarter des lois , si cVst faute. •— Il serait inutile de s^étendre sur la bravoure nécessaire dans un roi. Il ne mériterait pas le nom de prince , s'il ne savait combattre pour la sûreté de ses états, et pour la liberté publique. — Mais la clémence modère la justice sans lui être contraire : loin d'énerver Tautprité, elle TafFermit. La crainte qui retient les peuples dans le devoir , doit être modérée ; si elle cause trop d'inquiétude et d'effroi , elle les excite à la fureur, à la vengeance. — Après ces quatre vertus principales , il y en a d'autres secondaires qui ne sont pas moins requises dans un souverain. Savoir : i^.,une libéralité discrète, non celle qui est de montre et de parade , et qui fait dire aux peuples , « qu'on les festoyé » à leurs dépens , et qu'on repaît leurs yeux de ce qui den vrait repaître leur ventre » , mais celle qui consiste en dons faits à des hommes qui les ont vraiment mérités par de grands et honorables services , ou par des talens utiles ; 2^. La magnanimité qui consiste à mépriser les injures, au moins celles qui ne sont pas publiques et ne peuvent altérer la vénération des peuples pour celui qui leur commande. Un roi ne doit point s'abaisser à soupçonner , à haïr , à punir comme des crimes , de simples indiscrétions.

Tout ceci appartient pour ainsi dire à la personne du prince. Voici des choses qui sont près et autour de lui , et qui ne doivent pas moins l'intéresser , parce que , sans elles , le gouvernement oéfSclite. i9 Le prince doit s'entourer de conseillers fidèles , capables d'une liberté courageuse , lorsqu'il s'agit de dire la vérité , constans sans opiniâtreté dans leur opinion. Les vices que les conseillers doivent fuir, sont une confiance présomptueuse , la passion et la précipU

tation. Le prince doit choisir en général ses conseillers et ses officiers , non sur Tayls de ses courtisans , mais d'après Foplnlon pabllque , et parmi les gens de bien. — a^ Il lui (aut veiller sur les finances. Pour accroHre le trésor de Tétât, il a les revenus du domaine public, les conquêtes sur Fenneml , les tributs et impôts , les douanes. S'il lève des impôts , il faut que ce ne soit qu'avec le consentement du peuple; qu'ils se lèvent sur les biens et non sur les têtes (la capltatlon est odieuse , elle assimile les hommes à un vil bétail); qu'ils se lèvent également sur tous, nobles et plébéiens. Le roi emploiera ses finances à l'entretien, sans faste , de sa maison , à la solde des troupes , au paiement des pensions, à la réparation des chemins, des villes, des forteresses , à rétablissement de collèges , à la construction d'édifices publics. Le peuple ne murmurera point de ces dépenses : les arts et les artisans y gagneront. Mais il ne faut pas employer en libéralités envers des courtisans , ou en des constructions de bâtimens fastueux et non nécessaires , la dépouille des sujets. — Qu'il ait soin aussi de se faire une épargne , afin de n'être pas obligé de recourir , dans la nécessité , à des moyens violens et Injustes. — 3°. Après les soins qu'exigent les finances , le prince doit principalement s'occuper des troupes. C'est une erreur de croire qu'an état puisse se passer d'une force armée. Il y. a toujours des gens qui remuent , soit en dehors , soit en dedans. II Êiut donc des troupes, et pour la garde du prince, et pour le maintien de la paix intérieure , et pour la défense des places frontières. Peut-être même tfest-il pfsprudent d'en diminuer le nombre , comme on fait , pendam la paix. •— 4^. Enfin , le prince doit former des alliances , sur lesquelles l'état puisse s'appuyer. La meilleure règle dans le choix àes alliances, est d'en former avec les états les plus forts, de les

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