LIVRE III, CHAPITRE IL 3o
et médecins qui amusent et trompent les petits enfans, et les malades pour leur santé ^°. Bref faisant à couvert ce que l'on ne peust ouvertement, joindre la prudence à la vaillance , apporter l'artifice et l'esprit où la nature et la main ne suffit ; estre , comme dict Pindare ^\ lyon aux coups et renard au conseil; colombe et serpent, comme dict la vérité divine.
Et pour traicter cecy plus distinctement, est requise au souverain la deffiance et se tenir couvert, sans toutesfois s'esloigner de la vertu et l'équité. La deffiance, qui est la première, est du tout nécessaire; comme sa contraire, la crédulité et lasche fiance * ^* est vicieuse et très dangereuse au souverain. Il veille et doibt respondre pour tous ; ses fautes ne sont pas légères ; parquoy il y doibt bien adviser. S'il se fie beaucoup, il se descouvre et s'expose à la honte et à beaucoup de dangers, opportunusjit injuriae ^^, voire il convie les perfides et les U'ompeurs qui pourroient avec peu de danger et beaucoup de recompense, commettre de grandes meschancetés,
Aditam nocendi perfido prsestat fîdes^.
^® Just. Lîps. Polilic. L. IV, cap. XJii.
^« Pînd. fsthm. od. iv , v. 79.
'*4» Confiance.
^' « L'injure peut facilement Tattcindre ». Sallust. Bel!, J'ugurth.
^ u La bonne foi donne au perfide toute facilité pour nuire ». Senec. in OEcUp, act. m, v. 686.
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3o6 DE LA SAGESSE,
Il faut donc qu'il se couvre de ce bouclier de defliance, que les sages ont estimé une grande partie de prudence et les nerfs de. sagesse ^* , c'est à dire veiller» ne rien croire, de tout se garder ^^ : et à cela Pinduict le naturel du monde tout confit en mentenes, feint, fardé et dangereux, nommément près de luy en la cour et maisons des grands. Il faut donc qu'il se fie à fort peu de gens , et îceux cognus de longue main et essayés souvent ^^ : et encores ne faut*il qu'il leur lasche et abandonne tellement toute la corde, qu'il ne la tienne tousjours psff un bout , et n'y aye l'œil. Mais il faut qu'il couvre et desguise sa deffiance, voire qu'en ;se deffiant il face mine et visage.de se fier fort; car la deffiance ouverte injurie et convie aussi bien à tromperie , que la trop lascbe fiance ; el plusieurs monstrant
crainte d'estre trompés , ont enseigné à l'estre : malii fidtere docuerunt, dùm timentfalli^^ : comme au contraire la fiance déclarée a faict perdre l'envie de tromper, a obligé à loyauté, et engendré fidélité ivult çuisçue sibi credi, et habita Jides ipsam plerumifue obUgat fidem ^^.
45 yîgila et memores nequid credas : nervi hi sunt pruderUΜ. Epîcharme.
46 Nihil credendOy atque omnia cavendo. Cîcer. oraî, post. redit, in Sénat.
4? Just. Lîps, Politic, L. IV , cap. xiv.
4^ Senec. epist. ii|. La traduction précède la citation.
49 (c II n^est personne qui ne veuille qu^on croie à sa bonne foi, et la confiance qu'on témoigne , oblige souvent à la fidé* lité >». Tît.-Liv. L. XXII , cap. xxii.