‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 166 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE II. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II. 3o

vés : elle a ses alleures plus larges et plus libres à cause de la grande, pesante et dangereuse charge qu'il porte et conduit; dont il luy convient marcher d'un pas qui sembleroit aux autres détraqué et desreiglé, mais qui luy est nécessaire, loyal et légitime. Il luy faut quelques fois esquiver et gauchir, mesler la prudence avec la justice, et, comme l'on dict, coudre à la peau de lion, si elle ne suffit, la peau de renard ^^. Ce qui n^est pas tousjours et en tout cas, mais avec ces trois conditions, que ce soit pour la nécessité ou évidente et importante de l'ufilité publique (c'est-à-dire, de Testât et du prince , qui sont choses conjoinctes ) à laquelle il faut courir; c'est une obligation naturelle et indispensable, c'est tousjours estre en debvoir que procurer le bien public.

Sahis popuU suprema lex esto ^ ^

Que ce soit à la deffensîve et non à l'offensive ; à se conserver et non à s'agrandir ; à se garantir et sauver des tromperies et (inesses , ou bien meschancetés et entreprinses dommageabfes , et non à en faire. Il est permis de jouer à fin contre fin, et près du renard le renard contrefaire ^^. Le monde est plein d'artifices et de malices ; par fraudes et tromperies ordinai-

3^ Ce proverbe se trouve dans Plutarque, Vie de Ly sandre. 35 ce Que le salut public soit la suprême loi ». Ciccr. de Legibus ^ L. 111 , cap. ilî.

3fi Cum yulpe conjunclum pariler vulpînarier, Adag.

3o4 DE LA SAGESSE,

rement les estais sont subvertis, dit Aristote '^ Pourquoy ne sera -t- 11 loisible, mais pourqnoy ne sera-t-il requis d'empescher et destoumer tels maux, et sauver le public par les mesmes moyens que Ton le veust miner et ruiner ? Vouloir tousjours et avec telles gens suyvre la simplicité et le droit fil de la vraye raison et équité , ce seroit souvent trahir Testât et le perdre. Il faut aussi que ce soit avec mesure et discrétion , affin que l'on n'en abuse pas , et que les mescbans ne prennent d'icy occasion de faire passer et valoir leurs meschancetés ; car il n'est jamais p€frmis de laisser la vertu et l'honneste pour suyvre le vice et le deshonneste. Il n'y a point de composition ou compensation entre ces deux extrémités. Parquoy arrière toute injustice , perfidie , trahison et desloyauté ; maudite la doctrine de ceux qui enseignent ( comme a esté dict) toutes choses bonnes et permises aux souverains : mais bien est-il quelquesfois requis de mesler l'utile avec l'honneste ^*, et entrer en composition et compensation des deux. Il ne faut jamais tourner le dos à l'honneste, mais bien quelquesfois aller à l'en tour et le cosloyer, y employant l'artifice et la ruse ; car il y en a de bonnes, honnestes et louables , dict le grand saint Basile , xaA^^v xaè STraevernv Travoup-

ytav '9, et faisant pour le salut public comme les mères

^7 In Politic. L. V, cap. iv, circà finem.

^^ IJtilia honesiis miscterd, Tacit. P^ita Agricolœ,

^ a Une ruse belle et louable w. Basil, in Proyerb, T. I.

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