‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 169 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE II. Sog · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II. Sog

amîs et confédérés, il ne peust estre bon, et est une espèce de perfidie qui n'est jamais permise.

L'autre est galgner quelque advantage et parvenir à son dessein par moyens couverts, par équivoques et subtilités, affiner par belles paroles et promesses, lettres, ambassades, faisant et obtenant par subtils moyens ce que la difficulté du tems et des affisiires empesche de faire auU'ement , et à couvert ce que l'on ne peust à descouvert. Plusieurs grands et sages disent cela estre permis et loisible ^^ , crebro mendacio et fraude utiimperantes debent ad commodwn subdiiorwn ^^. — Decipere pro monbus iemporum , prudentia esi^K II est bien hardy de tout simplement dire qu'il est permis. Mais bien pourroit-on dire qu'en cas de nécessité grande, temps trouble et confus, et que ce soit non seulement pour promouvoir le bien, mais pour destoumer un grand mal de Testât, et contre les meschans, ce n'est pas grande faute, si c'est faute ^*.

^? Quod licUum probumque in principe esse , volunt probi auctores. Just. Lîps. loc, cit.

5^ ce. Souvent ceux qui gouvernent doivent employer le mensonge et la fraude pour Tavantage de leurs sujets ». Platon, de la Rép. L. Y. Charron a cité ce passage diaprés la traduction qu^en a donnée Juste-Lipse.

^7 « Tromper , selon les circonstances , e*est sagesse » . Plin. L. VIII , epist. xviif.

^* Voyez à ce sujet Juste-Lipse , foc. cit. , qui s'appuie sur Saint- Augustin , etc.

3io DE LA SAGESSE,

Mais il y a bien plus ^ande doubte et dîfTicalté en d'autres choses, pource qu'elles sentent et tiennent beaucoup de Tinjustice : je dis beaucoup et non Au tout; car avec leur injustice, il se trouve quelque grain meslé de justice. Ce qui est du tout et manifestement injuste est reprouvé de tous , mesme des meschans, pour le moins de parole et de mine, sinon de faict. Mais de ces faictsraal meslés^ il y a 4ant de raisons et d'authorltés de part et d'autre , que Ton ne sçait pas bien à quoy se resouldre. Je les reduîray icy à certains chefs. Se despescher et faire mourir secrètement ou autrement sans forme de justice , certain qui trouble et est pernicieux à Testât et qui mérite bien la mort, mais l'on ne peust sans trouble et sans danger l'entreprendre, et le reprimer par voye ordinaire, en cela il n'y a que la forme violée ^^. Et le prince n'est-il pas sur les formes et plus ?

^9 Juste-Lîpse conseille la même chose à son prince, mais moins hardiment que Charron : il emploie un détour , et fait parler aiaM ceux de Torgane desquels il se sert pour Êùre connaître ses sentimeus : Quid enirriy inquiunt, si unus alrterve regnum meum turbarU , nec legibus in eos facile vindicem 5 sine majore turba 7 Nonnefas clâm tollere ? — Videtur, répond Juste-Lipse. N. — Ces principes me paraissent on ne peut plus dangereux. Qui est-ce qui décidera que les lois juraient été impuissantes contre le perturbateur du i«pos public ? Celui même qui est intéressé à n'y pas recourir. Juste- Lipse et Charron autorisent ici les coups-d'état ; mais leurs raisonnemens ont été victorieusement réfutés par d'autres publicistes.

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