LIVRE m, CHAPITRE II. 3ii
Rongner les alsles et racourcir les grands moyens de quelqu'un qui s'esleve et se fortifie trop en Testât, et se rend redoutable au souverain, sans attendre qu'il soit invincible et en sa puissance, si la volonté luy advenoit d'attenter quelque chose contre Testât et la teste du souverain ^^.
Prendre d'authorlté et par force des plus riches en une grande nécessité et povreté de Testât.
AfiFoiblir et casser quelques droicts et privilèges, dont jouyssent quelques subjects, au préjudice et diminution de Tauthorité du souverain ^\
Préoccuper et se saisir d'une place, ville, ou province fort commode à Testât, plustost que la laisser prendre et occuper à un autre puissant et redoutable, au gran^ dommage, subjection et perpétuelle allarm& dudit estât ^^.
Toutes ces choses sont approuvées comme justes et licites par plusieurs grands et sages, pourveu qu'elles succèdent bien et heureusement, desquels voicy les mots et les sentences. Pour garder justice aux choses grandes, il faut^elques fois s'en destourner aux choses petites ^^ ; et pour faire droict en gros.
^ Aristote , PoUlic. L. V, c^. xi.
^' Jttste-Lîpse , foc. citât, «> Id. ibid,
^^ Plutarque : Instruction pour ceux qui les manient affaires d'état.
3i2 DE LA SAGESSE,
il est permis de faire tort en détail : qu^ordînairement les plus grands faicts et exemples ont quelque injustice, qui satisfaict aux particuliers par le proffit qui en revient à tout le public : omne magnuni exemplum habet aliquid ex iniquo, quod adversus singuhs utilitak pubUcâ rependitur ^^. Que le prudent et sage prince non seulement doibt sçavoir commander les loix , mais encores aux loix mesmes, si la nécessité le requiert ^^ : et faut faire vouloir aux loix quand elles ne peuvent ce qu^elles veulent. Aux affaires confuses et déplorées le prince doibt suyvre non ce qui est beau à dire , mais ce qui est nécessaire d'estre exécuté ^^. La nécessité grand support et excuse à la fragilité humaine, enfreint toute loy ^^ ; dont celuy-là n'est gueres meschant qui faict mal par contrainte : nécessitas, magnum imbecilUtatis humanae palrociniiun , omnem legem fran-
^^ <c Toate grande punition a quelque chose d^inique ; mais Tutilité publique lui sert d'excuse ». Tacit. Annal. L« XIV, cap. XLIV , in fine. ^
** Plutarque , Vie de Phiiopœmen.
^ Quînle-Curce , L. V, cap. i.
^7 Nécessitas , cu/us cursus transversi impetum J^oluerunt multi effugere, pauci potuerunt,
liABERiuSy apud Macrob. Satum, L. II, cap. yn.
^ « La nécessité ( et c'est sur elle que s'appuie la faiblesse
humaine) ne reconnaît aucune loi ». Senec. Conlros^rs, L. IX ,
controv. iv.