LIVRE III, CHAPITRE II. SSg
maniement des finances et les offices financiers , comme les anciens Romains, qui en estrenoyent les jeunes hommes des plus nobles et grandes maisons , et qui aspiroyent aux plus grands honneurs et charges de la republique.
Après le conseil et les finances, je pense bien mettre les armes , qui ne peuvent subsister ny estre bien et heureusement levées et conduictes sans ces deux *^^. Or la fi)rce armée est bien nécessaire au prince pour garder sa personne et son estât : car c^est abus de penser gouverner un estât long-temps sans armes^ Il n'y a jamais de seureté entre les foibles et les fi)rts : et y a toujours gens qui se remuent dedans ou dehors Testât. Or cette force est ou ordinaire en tout temps , ou extraordinaire au temps de guerre. L'ordinaire est aux personnes et aux places. Les personnes sont de deux sortes; il y a les gardes du corps et de la personne du souverain , qui servent non-seulement à sa seureté et conservation, mais aussi pour son honneur et ornement : car le beau et bon dire d'Agesilaus *^^ n'est pas
«55 C'est ce que dit Tacite : Neque quies ^enJLium sine ar^ mis; neque arma sine stipendiis; neque stipendia sine tribu- Us haberi queunt. Hist. L. IV , cap. LXXiv. Voilà en peu de mots trois grands axiomes politiques. Reste à savoir s'ils sont aussi justes, dans Fétat actuel des sociétés, qu^ils Tétaientlorsque les états étiient autrement organisés.
■5* Charron , en citant de mémoire , s'est trompé. Ce n'est point Agésilas qui fit la réponse qu'il lui attribue ; ums Aga-«
Ho DE LA SAGESwSE,
perpétuellement vray, et y aaroit trop de danger de l'essayer et s'y fier, que le prince vivra bien asseuré sans gardes, s'il commande à ses subjects comme un bon père à ses enfans; (car la malice humaine ne s^arreste pas en si beau chemin). Et les compagnies certaines entretenues et tousjours prestes pour les promptes nécessités et soudaines occurrences qui peuvent survenir :' car attendre au besoin à lever gens, c'est grande imprudence. Quant aux places , ce sont les forteresses et citadelles aux frontières , au lieu desquelles aucuns et les anciens approuvent plus les colonies et nouvelles peuplades. L'extraordinaire est aux armes , qu'il luy convient lever et dresser en temps de guerre: comment il s'y doîbt gouverner, c'est à dire entreprendre et feire la guerre; c'est pour la seconde partie, qui est de l'action *^^: cette première est de la provision *'^^. Seulement je dis icy que le prince sage doibt, outre les gardes de son corps, avoir certaines gens tous prests et expérimentés aux armes en nombre plus grand ou plus petit, selon l'estendue de son estât, pour reprimer une soudaine rébellion ou esmotion qui pourroit advenir dedans ou dehors son estât, reservant à faire plus grande levée lors qu'il faudra faire la guerre à bon escient et de propos deli-
siclès , roi de Lacédémone. Voy. Plutarque , Apophih, Lacédémon,
■^7 C'est le sujet d'un très-long article du chapitre suivant.
iSS Prévoyance.