‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 186 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

bcré, offensive ou deffensive, et cependant tenir les arsenats et magasins bien garnis et pourveus de toutes sortes d'armes offensives et deffensives pour esquiper gens de pied et de cheval ; plus des munitions de guerre, d'engins *'^^, d'outils. Un tel appareil non- . seulement est nécessaire pour faire la guerre , car ces choses ne se trouvent ny ne s'apprestent en peu de temps, mais encores il empesche la guerre. Car l'on n'est pas si hardy d'attaquer un estât que l'on sçait bien prest et bien gamy. Il se faut apprester à la guerre pour ne l'avoir point , qui cupit pacein , paret bellwn '^\

Après toutes ces provisions nécessaires et essentielles, nous mettrons finalement les alliances, qui n'est pas un petit appuy et soustien de Testât ; mais il faut de la prudence à les choisir et bien bastir , regarder avec qui on s'allie, et comment. Il faut s'allier avec des puissans et voisins ; car s'ils sont foibles et eslongnés, de quoy poun'ont-ils ayder, si ce n'est que tel soit assailli de la ruyne duquel doibve venir la nostre '^' :' Car lors il doibt le secourir et se joindre à luy , quel

*>^ De machines de guerre; c'est d'ewgin, pris dans ce sens , que nous avons (ait ingénieur, •

»^ « Que celui qui désire la paix se prépare à la guerre w. Voy. Dion Chrisostôme , or£tf. i». de Regno,

Charron, dans tout ce paragraphe, n'a guère fait que traduire Juste-Lipse , Politic, L. V , cap. vi,

»<»« Juste-Lipse , Politic. L. IV, cap. ix.

qu'il soît : et s'il y a du danger à le faire ouvertement, que ce soît par alliance secrette ; car c'est un tour de maistre de traîcter alliance avec l'un au veu et sçeu de tous, et avec l'autre par practlque secrette ; mais que ce làoit sans perfidie et meschanceté, qui est defFendue : maïs non pas la prudence , mesmement pour la deffensive et pour la seureté de son estât.

Au reste îl y a plusieurs sortes et degrés d'alliances: la moindre et pins simple est pour le commerce et traflGc seulement : mais ordinairement elle comprend amitié, commerce et hospitalité: elle est ou defFensive seulement, ou deffeiisive et offensive ensemble, et avec exception de certains princes et estats, on sans exception. La plus estroitte et parfaicte est celle qui est offensive et deffensive envers tous et contre tous , pour estre amy des amis, et ennemy des ennemis ; et telle est bon de faire avec des puissans et par égale alliance. Aussi l'alliance est ou perpétuelle ou limitée à certain temps: ordinairement elle se faict perpétuelle , mais le meilleur et plus asseuré est de la limiter à certain temps : affin d'avoir moyen de reformer, oster ou adjouster aux articles , ou s'en départir du tout s'il est besoin, selon que l'on jugera estre expédient. Et quand bien on les jugeroit telles qu'elles deussent estre perpétuelles, si est-ce qu'il vaut mieux les renouveler (ce que l'on peust et doibt-on faire avant que le temps expire) et renouer, que les faire perpétuelles. Car elles s'allanguissent et se relaschent.

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