LIVRE II, CHAPITRE IL 3i
de toutes choses , n'espouser ny ne s'obliger à aucune , demeurer universel et ouvert à tout. Par juger nous n'entendons pas resouldre, affirmer, déterminer;
mille ans avant Taage de Platon. Aucuns ont dîct que le monde est de toute éternité , mortel et renaissant à plusieurs yicissîtudes : d^autres et les plus nobles philosophes ont tenu le monde pour un Dieu (y^, faict par un autre Dieu plus grand ; ou bien , comme Platon asseure et autres , et y a très grande apparence en ses mouvemens, que c^est un animal composé de corps et d'esprit , lequel esprit logeant en son centre s'espand par nombres de musique en sa circonférence et ses pièces aussi, le ciel, les estoiles composées de corps et d'ame , mortelles à cause de leur composition , immortelles par la détermination du Créateur. Platon dict que le monde change de visage en tous sens : que le ciel , les estoiles , le soleil, changent et renversent par fois leur mouvement, tellement que le devant vient derrière , Forient se fait occident. £t selon Topinion ancienne fort authentique , et des plus fameux esprits , digne de la grandeur de Dieu et bien fondée en raison , il y a plusieurs mondes , d'autant qu'il n'y a rien on et seul en ce monde : toutes espèces ^ sont multipliées en nombre , par où semble n'estre pas vray-semblable que Dieu aye faict ce seul ouvrage sans compagnon , et que tout soit épuisé en cet individu. Que l'on considère aussi ce que la des^couverte du monde nouveau , Iodes orientales et occidentales , QOiis a appris : car nous voyons premièrement que tous les anciens se sont mescomptés , pensant avoir trouvé la mesure de la terre habitable , et compris toutie k cosmographie , sauf quelques isl|6 escartées , mescroyant les antipodes : car voylà un monde à peu près comme le nostre , tout en terre ferme y
{/) Ab Jove mundi principium : Jovis omnia plena. 3«. egl. v. Go».
3a DE LA SAGESSE,
cecy serait contraire au second qui est ne s'obliger ^ rien ; mais c'est examiner, peser, balancer les raisons et contre-raisons de toutes parts , le poids et mérite d'icelles , et ainsi quester la vérité ' . Aussi ne s'attacher ny s'obliger à aucune, ce n'est pas s'arrester et de-
habité , peuplé , policé , distingué par royaumes et empires , garny de villes qui surpassent en beauté , grandeur , opulence , toutes celles qui sont en Asie , Afrique , Europe ^ il 7 a plusieurs milliers d'années. Et qui doute que d'icy à quelque temps il ne s'en descouvre encore d^autres? Si Ptolomée et les anciens se sont trompés autrefois , pourquoy ne se peust tromper encores celuy qui diçoit que maintenant tout est descouvert et trouvé ? Je m'en voudrois bien fier en luy ! Secondement nous trouvons qu'en ces nouvelles terres presque toutes les choses que nous estimons icy tant , et les tenonsnous avoir esté premièrement révélées et envoyées du ciel, estoient en créance et observance commune plusieurs mille ans auparavant qu'en eussions ouy les premières nouvelles ; soit au faîct de religion , comme la créance d'un seul premier homme père de tous , du déluge universel , d'un Dieu qui yesquit autrefois en homme vierge et sainct , du jour du jugement , du purgatoire , résurrection des morts y observation des jeusnes , caresme , cœlibat des prestres , ornemens d'église , surpelis , mitre , eaue benicte , adoration de la croix , circoncision pareille à la Juifye et Mabumetane , et contre-circoncision , par laquelle ils tiennent soigneusement et religieusement couvert le bout de leur membre , étirant la peau avec des cordons , afin qu'il ne voye et ne sente l'air.
' Toia sirmd consideranda suni , si velimus rectè jiuii^ çare. Diy. August. De verâ Relig. c. XL.