‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 18 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IL

tendre, cVadvcuer, et encpres moins de bien practlquer : c'est pour quoy il nous le faut icy. establir contre les incapables de sagesse. Et premièrement pour

ciens , de laquelle est germain ou procède , de rien ne s'estonner , ne rien admirer ; le souverain bien de Pythagoras ; la vraye magnanimité d'Âristote. **

Nil admirari propè res est , ana NamiGi Solaque quse possit facere et servare beatam.

Or le vray moyen d'obtenir et se maintenir en cette belle liberté de jugement , et qui sera encores une autre belle leçon et disposition à la sagesse , c'est d'avoir un esprit universel , jettant sa veue et considération sur tout l'univers , et non l'asseoir en certain lieu , loy , coustume , et manière de vie , mais (avec la modification susdite , tant au croire qu'au faire) estre citoyen du monde comme Socrates 9 et non d'une ville , embrassant par affection tout le genre humain. C'est sottise et foiblesse que de penser que l'on doibt croire et vivre par-tout comme en son village , en son pays , et que les accidens qui adviennent icy touchent et sont communs au reste du monde. Le sot , si l'on recite y avoir autres créances , coustumes , lois toutes contraires à celles qu'il voit tenir et nsîter , il les abomine et condamne promptement comme barbarie , ou bien il mescroit tels récits , tant il a l'ame asservie aux siennes municipales , qu'il estime estre les seules vrayes ,* naturelles , universelles. Chascun appelle barbarie ce qui n'est pas de son goust et usage , et semble que nous n'avons autre touche de la vérité et de la raison , que l'exemple et l'idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Or il se faut affranchir de cette brutalité , et se faut présenter comme en un tableau cette grande image de nostre mère nature en son entière ma-

3o DE LA SAGESSE,

esviter tout meconte, nous expliquons les mots, et en donnons le sens : il y a îcy trois choses qui s'entretiennent, causent et conservent, qui sont, juger

jesté , remarquer là dedans un royaume , un empire , et peust-» estre ce monde (car c'est une grande et authentique opinion qu^il j en a plusieurs) comme le traict d'une poincte très délicate , et y lire une si générale et constante variété en toutes choses , tant d'humeurs , de jugemens , créances , coustumes , loix , tant de remuemens d'estats , changemens de fortune ^ tant de victoires et conques tes ensevelies , tant de pompes , cours , grandeurs evanouyes : par là Ton apprend à se cognoistre , n'admirer rien , ne trouver rien nouveau ny estrange , s'affermir et resouldre (e) par-tout.

Pour acquérir et obtenir cet esprit universel , galant , libre et ouvert (car il est rare et difficile , et tous n'en sont capables non plus que de sagesse) , plusieurs choses y servent : premièrement ce qui a esté dict au livre premier de la grande variété , différence , et inequalité des hommes : ce qui se dira en cettuy-cy de la grande diversité des loix et coustumes qui sont au monde : puis ce que disent les anciens de l'aage , estats et changemens du monde. Les Prestres Egyptiens dirent à Hérodote que , depuis leur premier roy (dont y avoit plus d'onze mille ans, duquel et de tous les suyvans tuy firent voir les effigies et statues tirées au vif) , le soleil avoit changé quatre fois de route. Les Chaldeens du temps de Diodore, comme il dîct , et Ciceron , tenoient registre de quatre cents mille tant d'ans ; Platon dict que ceux de la ville de Saïs avoient des mémoires par escrit de huit mille ans , et que b ville d'Athènes fut bastie mille ans avant la dicte ville de Saïs* Aristote , Pline , et autres ont dîct que Zoroastre vivoit sis

(e) Avoir de la résolution , être résolq.

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