II
meschans acquièrent abusans de leur puissance. Les conditions d'un bon prince et d'un tyran sont toutes notoirement dissemblables, et ajsées à distinguer. Elles reviennent toutes à ces deux poincts : Tun garder les loix de Dieu et de nature , ou les fouler aux pieds : l'autre , faire tout pour le bien public et profiit des subjects , ou faire tout servir à son proffit et plaisir particulier. Or le prince , pour estre tel qu'il doibt , faut qu'il se souvienne tousjours que comme la félicité est de pouvoir tout ce que l'on veust, aussi est-ce vraye grandeur de vouloir tout ce que l'on doibt; Caesari cùm omnia Ucent , propter hoc jninUs licet ^^ : — ut felicitatis est passe (juantUpi velis, sic magnitudinis velle quantum possis ; vel potiùs quantum debeas ^^. Le plus grand malheur qui puisse arriver à un prince, c'est de croire qu'il luy est loisible tout ce qu'il peust et luy plaist. Si tost qu'il a consenti à ce pensement, de bon il devient meschant. Or cette opinion leur vient des flatteurs qui ne manquent jamais à leur prescher tousjours la grandeur de leur pouvoir; et bien peu y a de fidèles serviteurs qui leur osent dire l'obligation de leur debvoîr. Mais il n'y a au monde plus dangereuse flatterie que celle qui se faict à soy mesme : quand c'est un roesme le flatteur
^4 « L^empereur doit d^autant moins se permettre , que tout lui est permis ». Sénèq. Consolât, ad Polyb, cap. xxvi.
35 Pline , Panégyr, de Trajan, — La traduction du passage est dans la phrase du texte , qui précède.