LIVRE III, CHAPITRE III
à dire l'honneur et la force de commander et ordonner, et ne s'en fier ny remettre point à d'autre, et renvoyer toutes choses au conseil, affin que tous aient Tœil sur luy , et sçacheut que tout dépend de luy. Le souverain qui quitte tant peu que ce soit de son authorité , gaste tout. Parquoy il ne doibt eslever ny agrandir par trop personne , commuais custodia principntûs, neminem unum magnum facere ^\ Que s'il y en a desja quelqu'un tel, il le faut ravaller et reculer, mais doucement; et ne faire point les grandes et hautes charges perpétuelles ny à longues années : affin que l'on n'aye moyen de se fortifier à l' encontre du maistre, comme.il est souvent advenu : nil tam utile ^ quam brevem potestatem esse , quae magna sit ^^.
Voylà les moyens justes ethonnestes au souverain, pour maintenir avec la bienveillance l'authorité; et se faireaymer, craindre, et redoubter tout ensemble: car l'un sans l'autre n'est ny asseuré ny raisonnable. Parquoy nous abominons une authorité tyrannique, et une crainte ennemie de bienveillance , qui est avec la haine publique, oderint quem fneiuuni ^^ ^ que les
^' « Ne faîtes jamais un citoyen trop grand : c'est un principe général pour la sûreté de tout gouvernement ». Aristote , Politique , L. V, cbap. viii.
^' a Rien de plus utile , que de donner peu de durée à la puissance, lorsqu'elle est grande». Sénèq. Controvers, L. V.
^^ M On hait celui qu'on craint ». Voy. Cicéron , qui cite
Ennius , in Offic, L, II , cap. vil.