‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 197 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE III. 36i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III. 36i

sine liberis sum, spemitur ^^. — Munimen aulae regii Uberi'K

Tiercement des mœurs, spécialement dissolues, lasches, et voluptueuses, yvrongnerie, gourmandise, aussi de lourdise , ineptie, laideur ^^.

Voylà en gros parlé de l'action du souverain. Pour la traicter plus distinctement et particulièrement, il se faut souvenir, comme a esté dict au commencement, qu'elle est double, pacifique et militaire, j'entens icy l'action pacifique l'ordinaire, qui se faict tous les jours, et en tous temps, de paix ou de guerre, la militaire qui ne s'exerce qu'en temps de guerre.

La pacifique et ordinaire du souverain ne se peust du tout prescrire , c'est chose infinie , et consiste autant à se garder de faire, comme à faire. Nous en donnerons icy des advis principaux et nécessaires. Pour un premier, le prince doibt pourvoir à ce qu'il soit fidèlement et diligemment adverti de toutes choses. Ces toutes choses reviennent à deux chefs, dont y a deux sortes d'advertissemens et d'advertisseurs qui tous doibveut estre bien confidens et asseurés , prudens et secrets : bien qu'aux uns est requise une plus grande liberté, fermeté et franchise, qu'aux autres.

5^ <f On me méprise , peut-être , parce que je n'ai pas d'enfans » Quîn^.-Curt. L. VI , cap. ix.

^7 <f Des princes du sang royal , sont la vraie sauve-garde d'une cour ». Euripide. ^

5* Juste-Lipse , L. IV.

Les uns sont pour radverlîr de son honneur et debvoîr , de ses défauts , et lui dire ses vérités. Il n'y a gens au monde qui ayent tant de besoin de tels amis comme les princes , qui ne voyent et n'entendent que par les yeux et par les oreilles d'autruy. Us soustiennent une vie publique , ont à satisfaire à tant de gens, on leur celé tant de choses que , sans le sentir ils se trouvent engagés en la hayne et detestation de leurs peuples, pour des choses fort remediables et fort aysées à esviter, s'ils en eussent esté advertis d'heure *^^. D'autre part les advertissemens libres, qui sont les meilleurs officiers de la vraye amitié, sont périlleux à l'endroit des souverains : combien qu'ils soyent bien délicats et bien foibles, si pour leur bien et proffit ils ne peuvent souffrir un libre advertissement, qui ne leur pince que l'ouye, estant le reste de l'opération en leur main. Les autres sont pour l'advertir de tout ce qui se passe et remue non-seulement parmy ses subjects et dedans l'enclos de son estât, mais encores chez ses voisins ; de tout, dis-je, qui touche de loin ou près Testât sien et de ses voisins. Ces deux sortes de gens respondent aucunement à ces deux amis d'Alexandre, Ephestion et Crateras, dont l'un aimoit le roy, et l'autre Alexandre, c'est à dire l'un Testât, et l'autre la personne ^''.

*59 A tems.

^ Voy. Plutarque , in Alexandro.

Page 1