‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 198 sur 245 · LIVRE m, CHAPITRE IIM · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IIM

^'. En second lieu le prince doibt tousjours avoir en maflr un petit mémorial et livret contenant trois choses, principalement un registre abrégé des affaires d'estat, affin qu'il sache ce qu'il faut faire, ce qui est commencé de faire , et qu'il ne demeure rien imparfaict et mal exécuté ; une lisle des plus dignes personnages qui ont bien mérité , ou sont capables de bien mériter du public ; un mémoire des dons qu'il a faicts, à qui, et pourquoj : autrement et sans ces trois, il lui adviendra de faire de grandes fautes. Les grands princes et sages politiques l'ont ainsi bien practiqiié, Auguste, Tibère, Vespasian, Trajan, Âdrian, les Antonins.

En tiers lieu , d'autant que de l'un des principaux debvoirs du prince est à discerner et ordonner des loyers *^^ et des peines, et pource que l'un est favorable, et l'autre odieux, le prince doibt retenir à soy la distribution des loyers et bienfaicts, qui sont estats, honneurs, offices, bénéfices, privilèges, pensions, exemptions, immunités, restitutions, grâces et faveurs, et renvoyer à ses officiers à faire et prononcer condamaations , amendes, confiscations, privations, supplices, et autres peines ^^.

^' Tout le paragraphe qui suit est pris dans la Rép. de Bodîn, L. VI , cbap. li.

♦^* Des récompenses.

«3 Tiré de Bodin, L. IV. chap. vf.

En distribution des loyers, dons et bienfaicts, il s'y doibt porter prompt et volontaire, le^Konner avant qu'ils soyent demandés, s'il se peust, et n'attendre pas qu'il luy faille les refuser; et les donner luy-raesme s'il peust, ou les faire donner en sa présence. Par ce moyen les dons et bienfaicts seront beaucoup mieux reçeus, auront plus d'efficace: et l'on esvitera deux grands inconveniens ordinaires , qui privent les gens d'honneur et de mérite des loyers qui leur sont deus ; l'un est une longue poursuitte, difficile et pleine de despense, qu'il convient faire pour pbtenir ce que l'on veust et l'on pense avoir mérite; ce qui est grief à gens d'honneur et de cueur : l'autre, qu'après avoir obtenu du prince le don avant qu'en pouvoir jouir, il couste la moitié et plus de ce que vaut le bienfaict, et encores quelques fois viendra à rien.

Venons à l'action militaire du tout nécessaire à la tuition *^^ et défense du prince, des subjects et de tout Testât, traictons-la briefvement. Toute cette matière revient à trois chefs, entreprendre, faire, finir la guerre. A l'entreprinse faut deux choses ; justice et prudence , et fuir du tout les contraires, l'injustice et la ^émerité. Il faut premièrement que la guerre soit juste: la justice doibt marcher devant la vaillance, comme le délibérer va devant l'exécuter. Il faut abo-

*^* A la conservatioa , à la garde. Du latin tuàio.

LIVREIII, CHAPITRE III. 365

mîner ces propos , que le droict est en la force , que rissue en décidera ; que Iç plus fort remportera. Il faut regarder à la cause, au fonds et au mérite, et non à l'issue: la guerre a ses droicts et loix, comme la paîx ^^. Dieu favorise les justes guerres, donne les victoires à qui il lui plaist, et s'en faut rendre capable , premièrement par la juste entreprînse. Il ne faut donc pas pour toute cause ou occasion commencer la guerre, non ex omni occasione (juaerere triurnphum ^^. Et se bien garder que l'ambition, l'avarice, la cholere ne nous y fourrent : qui sont toutes fois à vray dire les plus ordinaires motifs des guerres : una et ea vêtus causa belltmdi est profunda cupido impeni et diçitiarum ; — maxbnani gloriam in maximo imperio putant ^^

Rupere foedus impius lacri fiiror, £t ira praeccps. . . . ^.

Pour rendre la guerre de tous poincts juste , il faut trois choses, i. qu'elle soit indicte *^^ et entreprînse par celui qui peust , qui est le seul souverain.

*5 Sunt et belli, sicut pacis jura, Tît.-Liv. L. V, cap. xxvil.

^ u Ne pas chercher toutes les occasions de triompher m. Plia. Paneg. cap. xvi.

^7 u La seule et ancienne cause des guerres , c'est une violente passion pour le commandement et pour les richesses; — ils regardent comme une très-grande gloire de commander en souverain ». Sallust. in fragment. Beilum Catilin. cap. il.

^ <c C'est Tardeur impie du gain , et Taveugle colère qui rompent les traités ». Sénèq. Hippolit. act* il , v* 538.

^^9 Déclarée. Du latin indictus.

2. Pour cause juste , telle est absolumeat la défensive justifiée par toute raison aux sages, par nécessité aux barbares , par la coustume à toutes gens , par la nature aux bestes ^° : défensive, dis-je de soy , où je comprens sa vie, sa liberté, ses parens et sa patrie: de ses alliés et confédérés, c'est pour la foy donnée, pour les injustement oppressés: i/ui non défendit, nec obsisiit , si po test, injuriae, tam est in vitio, çiunn si parentes, aut patriofn aut socios deserat ^'. Ces trois chefs de défense sont comprins en la justice par sainct Amhroist ^fortitudo (juaeperbeUatueturàbarbaris patrioin, vel défendit infirmos , vel a hUronibus socios , plena justiiiae est ^*. Un autre plus court la met en deux, foy et salut, nullum bellurn à ciçitate optirnâ suscipitur , nisi autprofide aut pro salute ^^ , et l'offensive avec deux conditions ; qu'il y aye eu offense précédente , comme

70 Cîcér. pro Milone , N»". 9 €t 3o.

7* a Celui qui ne s^oppose p»s , quand il le peut, à l^injustîce qu'il voit commettre y est aussi condamnable que s'il abandonnait ses amis, ses parens , sa patrie v. Cîcër. de Offic. L. I,cap. VII, n«. a3.

7* a C'est une action pleine de justice , que dVmployer son courage à défendre sa patrie contre les barbares, à protéger les faibles , à garantir ses compatriotes des brigands m. Ambrois. de Offic.

7^ M Dans une cité amie de la justice , on ne soutient jamais de guerre , que pour la foi promise , ou le salut des citoyens». Cicér. de Rep, L. III, dans St. Augustin, de Civil. Dei, L, XXII, cap. VI.

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