‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 202 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE III. Syi · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE III. Syi

les garnisons des frontières qui peuvent estre assiégées.

La seconde chose requise à faire la guerre, sont les hommes propres à assaillir et à défendre. Il les faut distinguer. La première distinction est en soldats ou gendarmes , et chefs ou capitaines. Il en faut de tous les deux. Les soldats sont le corps, les chefs sont l'ame , la vie de l'armée , qui donnent mouvement et action. Or nous parlerons icy premièrement des gendarmes et soldats, qui font le gros. Il y en a de diverses sortes; il y a les piétons et les gens de cheval, les naturels du pays et les estrangers , les ordinaires et les subsidiaires. 11 les faut^ premièrement tous comparer ensemble , pour sçavoir qui sont meilleurs et à préférer: et puis nous verrons comment il les faut bien choisir, et après les gouverner et discipliner.

En cette comparaison tous ne sont d'accord. Lies uns, mesme les rudes et barbares, préfèrent les gens de cheval aux piétons , les autres au contraire. Oh peust dire que les piétons tout simplement et absolument sont meilleurs ^'; car ils servent et tout du long de la guerre, et en tous lieux, et en tous affaires ; là où aux lieux montueux, scabreux et estrois et

9« Charron suit ici Topinion de Juste-Lîpse (voy. Politic» L. V); mais ce a^était pals celle de Polybe, qui, comme le reconnaît Juste-Lipse lui-même , semble préférer la cavalerie. Voy. Polyb. L. IH.

à assiéger places, la cavalerie est presque inutile. Ils sont aussi plustost prests et coustent beaucoup moins ^^ : et slls sont bien conduicts et armes comme il faut , ils soustiennent le choc de la cavalerie. Aussi sont-ils préférés par ceux qui sont docteurs en cette besongne ^^. On peust dire que la cavalerie est meilleure au combat, et pour avoir plustost faict, equestriurn virium propnum , ciio parare , citb cedere vicioriarn ^^ ; car les piétons n'ont pas sitost làict : mais ils agissent bien plus seurement.

Quant aux naturels et estrangers, aussi ne sont-ils tous d'accord sur la préférence : mais sans doubte les naturels sont beaucoup meilleurs ^^ ; calr ils sont plus loyaux que les estrangers mercenaires ,

Yenalesque manus , Ibi fas , ubi maziraa merces^^i

plus patienâ et obeissans, se portant avec plus d'honneur et 4p respect envers les chefs, de courage aux combats, d'affection à la victoire et au bien du pays,

9* Juste-Lipse s^appuie ici sur Végèce. Voyez ce dernier, L. II, cap.'i.

93 Voy. Arîstot. PoliL L. V.

9^ « Le propre de la cavalerie est de préparer promptement, mais aussi de céder promptement la victoire ». Tacit. de morib. Germon, cap. xxx.

9^ C'est ce que soutenait aussi Xénophon. Voyez son Discours sur la manière d'augmenter les revenus d'Athènes.

^ <c Ces mains vénales pour qui, plus le butin est grand, plus il est licite ». Lucain, L. X, v. 4o8.

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