‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 223 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE IV. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV. 4i

cour, pour sçavoir forces nouvelles : mais non pas des factions importantes , qu'il faut estouffer dès leur naissance, et leurs marques, noms, hablllemens , soubsriquets *^* , qui sont quelques fols semences de vilains effects ; tesmoln le grand embrasement et les grands meurtres advenus en Constantlnople , pour les couleurs de verd et bleu, soubs Justin! en ^^ ; deffendre les assemblées secrettes qui peuvent servir à cela. Les advls sur ce sont : si la faction est entre»deux seigneurs, le prince taçchera par douceur de paroles ou menaces les accorder, comme fit Alexandre le grand entre Ëphestlon et Craterus ^^, et Archldamus entre deux de ses amys ^^ ; s'il ne peut, il leur doibt donner des arbitres non suspects ny passlonés. Le mesme dolbt-il faire si la faction est entre plusieurs subjects, ou villes et communautés. S'il faut que luymesme parle, il le fera avec conseil appelle pour esvîter l'envie et la hayne des -condamnés. Si la faction est entre gens qui sont en fort grand nombre, et qu'elle soit si forte qu'elle ne se puisse appaiser par justice , le prince y emploiera la force pour l'esteindre du tout : mais il se gardera bien de se monstrer affectionné à l'un plus qu'à l'autre : car à cela y a grand

*^* Sobriquets.

33 Voyez Zonare, in Justiniano , et Procope , L. I. de Bello Persico,

34 Voyez Plutarque , in Alexandro,

'^ Le trait est cité dans Rodin , de la Rép, L. IV , c. Vïi.

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danger ; et plusieurs se sont perdus : et est mdîgne de sa ^ndeur, se faire compagnon des uns et ennemy des autres ^ luy qui est le maistre de tous : et s^il faut venir à punition , il doibt suffire que ce soit des rhefs plus apparens.

§. 9. Sédition.

OEDITION est un violent mouvement de la multitude contre le prince ou le magistrat ^^. Elle naist et vient d^ oppression ou de crainte : car ceux qui ont faict quelque grande faute craignent la punition ; les autres pensent et craignent qu^on leur vueille courir sus : et tous deux par appréhension du mal se remuent pour prévenir le coup ^^ Aussi naist de trop grande licence, de disette et nécessité, tellement que les gens propres à ce mestier, sont les endebtés, et mal accommodés de tout, légers, esventés, et qiii craignent la justice. Tous ces gens ne peuvent durer en paix, la paix leur est guerre, ne peuvent dormir qu^au milieu de la sédition , ne sont en franchise que parmy les confusions. Pour mieux conduire leur faict ils confèrent ensemble en secret, font de grandes plaintes» usent de mots ambigus, puis parlent plus ouvertement, et font les zélés à la liberté et au bien public, au soulagement du peuple, et soubs ces beaux pre-

3^ Celte définition est prise de Juste-Lîpse. Polidc. L. VI. ^7 Voyez Aristot. Poliiic. L. V , d. m.

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