‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 222 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE ÏV. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE ÏV. 4i

douce et humble remonstrance , c'est se faire tort et ne rien avancer. Cecy practîquoit excellemment César contre ses légions mutinëes et armées contre luy *^.

stetît agere fultî

Gespitîs intrepidus vultu» meruitqae tlmeri Nil metaens ^.

Autant en fit Auguste à ses légions Actiaques, dict Tacite ^^ 11 y a donc deux moyens de jouyr et appaiser un peuple esmeu et furieux. L'un est par fierté et pure authorité et raison. Cettuy-cy , qui est meilleur et plus noble , convient au chef s'il y va : mais il y doibt bien penser , comme a esté dict : l'autre plus ordinaire est par flatterie et amadouement, car il ne luy faut pas résister tout ouvertement. « ** Les bestes sauvages ne s'apprivoisent jamais à coups de baston : dont les belles paroles ny les promesses ne doibvent estre espargnées. £n ce cas les sages permettent de mentir, comme Ton faict envers les enfans et les malades. En cela estoit excellent Periclès *' qui gaignoit le peuple par les yeux, les oreilles et le ventre, c'est

*5 Voyex Tacît. Annal. L. I , c. XLii.

^6 « Placé sur un tertre de gazon , il leur montre un visage intrépide^ et, parce qu^il ne craignait rien, il mérita d'être craint ». Lucan. L. V, v. 3i6.

'7 Dans les Annales , loc, citât.

^ Tout ce qui est entre deux guillemets , est pris dans Boiîn^de la Rép. L. IV, c vu.

^9 Voyei Plutarque , dans Périclhs.

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à dire par jeux, comédies, festins, et puis en faisoît ce qu'il vouloit ». Cette manière plus basse el servile, mais nécessaire , se doibt practiquer par celuy que le chef envoyé, comme fit Menenius Agrippa à Rome: car s'il pense l'avoir de haute luitte, lorsqu'il est hors des gonds de raison, sans rien quitter, comme voulolent Appius, Coriolan, Caton, Phocion, sont contes.

§. 8. Faction *€( ligue.

TACTIONou ligue est un complot et association des uns contre les autres entre les subjects , soit ou entre les grands ou les petits , en grand nombre ou petit. Elle vient quelques fois des haynes qui sont entre les particuliers et certaines familles , mais le plus souvent d'ambition ( peste des estats ) chascun voulant avoir le premier rang. Celle qui est entre les grands est plus pernicieuse. Il y en a qui ont voulu dire qu'elle est aucunement utile au souverain , et faict le mesme service au public que les riottes *^° des serviteurs en la maison, disoit Caton ^'. Mais cela ne peut estre vray , sinon aux tyrans qui craignent que les subjects soyent d'accord, ou bien de petites et légères querelles d'entre les villes, ou d'entre les dames de la

*^® Les petites rîxes ou querelles : riotte est le diminutif de rixe, ^

3* Voyez Plutarque, Vie de Caton le Censeur,

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