LIVRE III, CHAPITRE IV
§. II. Guerres civiles,
Quand l'un de ces susdicts remuemens publics, esmotions populaires, faction, sédition, rébellion, vient à se fortifier et durer jusqu'à prendre un train et forme ordinaire, c'est une guerre civile, laquelle n'est autre chose qu'une prinse et menée d'armes par les subjects, ou entr'eux, et c'est esmotion populaire ou faction et ligue; ou contre le prince, l'estat, le magistrat, et c'est sédition ou rébellion. Or il n'y a mal plus misérable, ny plus honteux ; c'est une mer de malheurs. Et un sage a très bien dict ^* , que ce n'est pas proprement guerre, mais maladie de Testât, maladie chaude et frenaîsîe. Certes qui en est l'auteur, doîbt estre effacé du nombre des hommes, et chassé des bornes de la nature humaine ^^. Toute sorte de meschanceté s'y trouve , impieté et cruauté entre les parensmesmes, meurtres avec toute impunité, occidere pattun, ignoscere non nisi fallendo Ucet; — non aetas , non dignilas quemijuam proiegit ; —
Nobllitas cum plèbe périt , latèqac vagatar Ensis^*.
^^ Favonius disait qu^une guerre civile était mille fois pire que la monarchie la plus injuste. — Dans Plutarque , Vie de Brutiis,
^^ Charron traduit ici un passage de Cicéron , en l'abrégeant un peu. Voyez Philip, XIII ^n^. i, presqu'au commencement.
^4 « Il est permis de tuer au grand jour; mais pour sauver
ii33 DE LA SAGESSE,
Toute desloyauté, discipline abolie, in omnefas, nefasque avidos , aut vénales, non sacro, non prophmo abstinentes **. Le pedt et inférieur faîct du compagnon avec le grand :
Rheni milii Caesar in undis Dus erat, hic socius. Facinus qaos inqainat, aequat^.
Lequel n^ose parler, car il est du uiestier, encores qu'il ne l'apjirouve : obnoxiis ducibus et prohibere non ausis ^\ C'est une confusion horrible : metu acnecessitaie hue iUue mutantur *^. « Somme ce n'est que misère. Mais il n'y a rien de si misérable que la victoire. Car quand pour le mieux elle tomberoit entre les mains de celuy qui a le droict de son coste', elle le rendroit insolent , cruel et farouche , voire quand il
la victime , il faut tromper et se cacher. — Ni Tâge , ni la dignité.ne sont une sauve-garde. — I.e fer se promène au loin sur toutes les têtes; la noblesse péril avec le peuple >». Tacit. Hisl L. I , cap. ivin. — Id. ibid. L. III, cap. xxxiii. — Lucan. L. II. V. loi.
^^ « Ce qui est permis , comme ce qui est défendu, le sacré conune le pro&ne, leur avide cupidité ne respecte rien ». Tacit. Histor. L. II ,c. lvi.
^ M Sur les rives du Rhin, César était mon général ; il est ici mon camarade. Le crime rend égaux tous les complices du crime ». Lucan. L. V, v. 289.
^7 « Les chefs étant eux-mêmes coupables , ils n'osent rien défendre »>.
^ « La crainte, la nécessité les fait passer d'un côté à raotre »• Tacît. Hist L. I , c. lxxvi.